Ayelen Parolin / Autóctonos II / June Events / Une danse répétitive obsessionnelle

June events :

Ce sont plus de 100 artistes de toutes obédiences que le cru 2018 du festival "June Events" accueille cette année durant trois semaines, du 2 au 22 juin à la Cartoucherie de Vincennes, nous permettant de découvrir nombre de jeunes talents, certains se produisant pour la première fois en France. Il est bien sûr impossible de les passer tous en revue ici, et ne seront évoqués que ceux qui auront plus particulièrement retenu l’attention.

Parolin ayelen autoctonos ii 13 vincennes th de l aquarium 05 06 18Parolin ayelen autoctonos ii 14 vincennes th de l aquarium 05 06 18

 

 

 

Photos J.M. Gourreau

 

 

Ayelen Parolin :

Une danse répétitive obsessionnelle

On ne peut s’empêcher de penser au Concerto pour clavecin et orchestre que Górecki composa dans les années 1970 pour la claveciniste polonaise Elzbieta Chojnacka, lequel a servi de support musical à Lucinda Childs pour son fameux Concerto créé en 1993. Cette pièce, tout comme Autóctonos II que vient de présenter la chorégraphe argentine Ayelen Parolin dans le cadre du Festival "June Events", est une anthologie de danse dite "répétitive": toutes deux sont basées sur les rythmes martelés de la musique qui font corps avec la danse et sans laquelle l’œuvre ne pourrait exister. Une œuvre totalement abstraite, mathématique, mécanique, virant à l’automatisme, dénuée de tout sentiment, vouée à l’endurance des danseurs. En effet, de l’endurance, il en faut, et une bonne dose, car Autóctonos II dure quasiment ¾ d’heure, sans la moindre once de répit. La chorégraphie, il est vrai, n’est pas extrêmement sophistiquée, la gestuelle dévolue aux jambes et aux pieds, minimaliste, évoquant le va-et-vient en huit de certaines danses de salon. Mais il faut tout de même l’assurer sur la durée, ce qui s’avère une véritable épreuve de force, une réelle performance. "Potentiellement tout aussi force d’exclusion que force de résistance", nous dit d'ailleurs la chorégraphe. Quoiqu’il en soit, une force animale, puisée à même le sol, la terre nourricière, qui fait corps avec l’improvisation musicale au "piano préparé" de Léa Pétra, additionnée des tonalités plus traditionnelles du percussionniste et chanteur coréen Seong Young Yeo. Une musique scandée de notes percussives qui évoque celle de deux baguettes de bois frappées l’une contre l’autre, voire de taquets d’horloge en mouvement ou les cadences d’une crécelle tournant lentement mais régulièrement, à des rythmes variés. Aussi curieusement que cela puisse paraître, ces rythmes impétueux deviennent obsessionnels et finissent par vous envoûter, tout comme le sont les quatre danseurs qui, dès lors, se trouvent dans l’incapacité totale de rompre leur mouvement, agissant sous l’effet de décharges impulsives de la musique, se révélant contraints d’aller au-delà de l’épuisement, "des limites du corps et de la pensée"…

J.M. Gourreau

Parolin ayelen autoctonos ii 09 vincennes th de l aquarium 05 06 18 copie

Autóctonos II / Ayelen Parolin, Théâtre de l’Aquarium, Atelier de Paris / CDCN, 5 juin 2018.

 

Ayelen Parolin / Autóctonos II / June Events / Théâtre de l'Aquarium / Juin 2018

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau