Ayelen Parolin / Hérétiques / L'homme et la machine

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Photos Ch. Sampermans

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Ayelen Parolin :

L'Homme et la machine

 

Vous est-il arrivé un jour de rester en admiration devant les mécanismes d'entrainement des roues d'une locomotive à vapeur qui se mettent en branle dans un imposant nuage de fumée blanche ?... Une sensation de puissance ne vous étreint-elle pas lorsque la bielle motrice et les bielles d'accouplement qui entrainent les roues se mettent progressivement en mouvement dans un formidable déchainement d'énergie contenue ? Telle est l’image qui me parait la plus appropriée pour évoquer les sensations qui nous étreignent à l’issue des quelques 50 minutes de la représentation d’Hérétiques, la dernière pièce d’Ayelen Parolin, une œuvre qui doit son étonnante puissance d'une part à sa construction géométrique basée sur le triangle, d’autre part, à sa composition musicale tout aussi « mécanique », interprétée sur scène par sa compositrice, la pianiste Léa. Si le triangle symbolise la trinité dans la religion chrétienne, il est aussi le symbole de la stabilité et de l'équilibre, et a été largement adopté par les architectes depuis la plus haute antiquité, entre autres dans la construction des pyramides égyptiennes ; mais c'est aussi le symbole de la perfection, celle de la flèche des cathédrales par exemple, et de la puissance.

Au début de l’œuvre pourtant, rien ne le laissait prévoir : les deux danseurs, Marc Iglesias et Gilles Fumba côte à côte, face au public entament un mouvement répétitif des bras de haut en bas et inversement, y insérant au fil du temps quelques variations qualitatives et rythmiques, infimes au début, plus accentuées vers la fin. Il en nait une danse abstraite, géométrique, quasiment obsessionnelle, d’une précision extrême, un travail unique des membres supérieurs - bras, avant-bras et mains - sur la durée et la résistance, générant un mouvement qui, à son paroxysme, se transmet mécaniquement aux régions corporelles adjacentes, laissant sourdre une énergie canalisée d'où la force animale de l'Homme finit par jaillir comme un geyser.  

Ce n'est pas la première fois que cette artiste née à Buenos-Aires et désormais installée à Bruxelles depuis l'an 2000 se produit en France. Elle a présenté en effet SMS and love en mars 2010 à Vanves dans le cadre du festival Ardanthé, et David aux Hivernales d'Avignon en février 2011. Auparavant, elle avait fait ses premières armes en tant que danseuse dans plusieurs compagnies, celles de Mathilde Monnier, de Nicole Mossoux et Patrick Bonté, de Mauro Paccagnella ou de Louise Vanneste pour ne citer que les plus connues d'entre elles. Ses recherches actuelles portent sur la nature humaine et ses fondements. Après avoir exploré la féminité au travers d'une autobiographie intitulée 25.06.76, en fait, sa date de naissance, c'est celle de l'homme qui a dernièrement retenu son attention. Hérétiques fait peut-être figure de vilain petit canard dans la voie que cette chorégraphe  s'est tracée : c'est sans doute l'exception qui confirme la règle car il y en a toujours une dans un parcours !

J.M. Gourreau

Hérétiques / Ayelen Parolin, Centre de Wallonie-Bruxelles, Paris, 27 et 28 janvier 2015, dans le cadre du festival On y danse.

Ayelen Parolin / Hérétiques / Centre de Wallonie-Bruxelles / Janvier 2015

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