Ballet de l'Opéra de Lyon / Lemon / Cunningham / Trisha Brown

Ballet de l’Opéra de Lyon :

                                                                                                Beach birds Photo M. Cavalca

 

 

 

 

 Le bon grain et l'ivraie

 

Présenter en ouverture de soirée une œuvre de plus d’une heure dans laquelle il n’y a non seulement aucune once de danse mais, de plus,  strictement rien, ni comme argument, ni comme scénographie, il fallait oser le faire !   Peut-être était-ce une gageure ? En tous cas, les spectateurs n’ont pas apprécié et l’ont bien fait savoir. Il s’agissait d’une œuvre d’un américain nommé Ralph Lemon, né en 1952 à Cincinnati dans l’Ohio, nous dit le programme. Il débuta, paraît-il, la danse à Minneapolis et fonda, en 1975, le Milxed Blood Theater avant d’entrer dans la compagnie de Nancy Hauser. Dix ans plus tard, il fonda sa propre compagnie qui fut dissoute en 1995. A en juger par ce qui nous a été offert en pâture, on le comprend aisément... Au fait, je m’explique : après quelques images insolites, entre autres celle d’une girafe qui passe au fond de la scène et celle d’un lapin géant qui s’allonge de tout son long devant les spectateurs, le reste du spectacle n’était qu’échauffements, exercices et contorsions, voire moulinets des bras et roulades au sol. Tellement soporifique que nombre de spectateurs n’ont pu résister !

Fort heureusement, le reste de la soirée était composé de deux œuvres véritablement dansées : la première, Beach birds de Cunningham, aurait été inspirée au chorégraphe par le spectacle d’une troupe d’oiseaux venus se nourrir sur une plage. Si l’on ne retrouve pas exactement les limicoles qui ont l’habitude de fréquenter ces lieux, ce magnifique ballet, créé en 1991 et entré au répertoire du Ballet de l’Opéra de Lyon quelques mois avant la mort du chorégraphe, évoque en revanche les déambulations de pingouins évoluant sur la banquise. Cette œuvre, accompagnée comme à l’habitude chez ce maître d’une partition de John Cage, s’avère un véritable petit bijou chorégraphique merveilleusement bien interprété par les danseurs du corps de ballet qui, en collant noir et blanc, ailes collées au corps, semblent avoir parfaitement assimilé la gestuelle de ces oiseaux, leurs poses et leurs petits sauts.

La dernière œuvre du programme, Set and reset de Trisha Brown, composée en 1983 avec la  complicité de Robert Rauschenberg, est une des pièces majeures de la chorégraphe américaine dans laquelle son vocabulaire se précise : torsions, déhanchements, ondulations, ploiements sur le côté, instabilité des équilibres, rotations du torse - ce qu’elle appelle sa « veine rococo » - prennent une importance de plus en plus grande dans ses enchaînements. Les danseurs se croisent et se heurtent dans un va-et-vient continu qui engendre de brutaux changements de direction. La splendide scénographie de l’œuvre, due à Michael Meyers, deux structures de tulle en forme de sablier descendus des cintres et animés d’un mouvement tournant, contribuent à cette impression de course effrénée, hypnotique, parsemée de magnifiques sauts exécutés sans le moindre effort par les garçons.

Si l’on peut louer la volonté de Yorgos Loukos, actuel directeur de cette compagnie, de la tourner davantage vers la danse contemporaine, notamment américaine, il est peut-être dommage de ne pas avoir su discerner le bon grain de l’ivraie en inscrivant à son répertoire des œuvres aussi médiocres que Rescuing the princess en ouverture du programme. Dommage car la programmation de telles œuvres risque de provoquer une réaction de rejet définitive chez des spectateurs non avertis !

 

J.M. Gourreau

 

Rescuing the princess / Ralph Lemon, Beach birds / Merce Cunningham, Set and reset/reset / Trisha Brown, Théâtre de la Ville, Mai 2010.

Commentaires (1)

1. mimylasouris (site web) 21/08/2010

Dès le titre, je me suis mise à sourire, devinant que j'allais tomber d'accord (comme avec une grande partie de la salle, comme vous le soulignez fort bien). J'aime parcourir un certain nombre de billets sur des spectacles que j'ai également vus pour me faire une idée de la sensibilité de l'auteur, après quoi je me laisse plus volontiers influencer sur ce que je ne connais pas...

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