Ballet de l'Opéra national du Rhin / Programme Béjart - Forsythe / A la hauteur de sa réputation

Ballet de l’Opéra National du Rhin :

 

 

  Sonate à trois                                                                                                                                                                                                             Le marteau sans maître

 

 

Photos J.M. Gourreau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A la hauteur de sa réputation

 

Tout être possède en lui un soleil intérieur.

L’essentiel est de le découvrir, d’y adhérer,

afin de pouvoir devenir entièrement soleil.

 

M. Davy,  La connaissance de soi.

 

La réputation du Ballet de l’Opéra national du Rhin n’est ni surfaite, ni usurpée. Une troupe d’un niveau technique extraordinaire capable de se jouer des pires difficultés techniques, comme elle vient à nouveau de le démontrer dans son interprétation de Worwithinwork de Forsythe, pièce qui ne faillit pas à la réputation de ce chorégraphe. Une œuvre abstraite, un peu austère, à nouveau truffée de difficultés techniques, créée en octobre 1998 par le Ballet de Francfort sur le Duetti pour deux violons de Luciano Berio. Dans cette pièce, les couples et les trios de danseurs se relaient, se reprennent et se renvoient sans interruption la balle pour élaborer un mouvement continu, certes un peu répétitif mais d’une richesse chorégraphique sans pareille, dans laquelle les mouvements, souvent déhanchés et en constant déséquilibre, sont poussés à l’extrême, en tension permanente. Or les danseurs du Ballet de l’Opéra du Rhin ont fait preuve d’une étonnante maîtrise dans l’exécution de cette œuvre qui porte bien la signature de son auteur.

 

Il faut dire toutefois que la compagnie est dirigée depuis 1998 par un disciple de Maurice Béjart, Bertrand d’At, ce qui explique également que deux des œuvres de ce chorégraphe, Le Marteau sans maître, et Sonate à trois, aient été inscrites au programme de la représentation.

Créé en 1973 à la Scala de Milan sur des textes de René Char, Le marteau sans maître est une œuvre japonisante abstraite dont la chorégraphie se révèle en totale correspondance avec la partition musicale de Pierre Boulez. Œuvre difficile mais d’une étonnante richesse chorégraphique sur une musique aux timbres éclatants que Béjart a mis quinze ans pour élaborer : six danseurs, doublés de marionnettistes en noir, évoquent les musiciens de l’orchestre, et une danseuse, la cantatrice. Un ballet qui n’a pas pris une ride, exécuté avec la précision d’un mécanisme d’horlogerie.

Inspiré du Huis-clos de Sartre, Sonate à trois est une pièce pour trois danseurs sur une partition de Bartok, créée à Essen en mai 1957. La pièce évoque l’attirance et la répulsion, la jalousie, l’angoisse, la perversité, l’amour impossible, la solitude née du mensonge, sentiments qui étreignent deux femmes et un homme enfermés pour l’éternité dans un espace clos. Ces rôles exigent une très grande expressivité de la part des interprètes, ce qu’ils ont parfaitement su montrer, faisant leur ces mots de Sartre à l’origine du ballet : « l’enfer, c’est les autres »…

J.M. Gourreau

 

Le Marteau sans maître et Sonate à trois / M. Béjart, Workwithinwork / William Forsythe, Ballet de l’Opéra National du Rhin, Théâtre Paul Eluard, Bezons, Mai 2010.

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