Bamboo Blues / Pina Bausch, Théâtre de la Ville, Juin 2008.

Pina Bausch :

 

Un long fleuve tranquille

 

 

Depuis presque une vingtaine d’années, Pina Bausch a coutume d’évoquer les impressions et souvenirs de ses différents voyages au travers de son art. Le premier de ceux-ci, Palermo – Palermo, relatait ses souvenirs de Sicile, marquant un tournant dans son œuvre : il établissait en effet une rupture avec ses pièces précédentes telles Café Müller, Barbe-bleue, Bandonéon ou Nelken, beaucoup plus violentes, qui décrivaient l’Homme sous toutes ses coutures, y compris et surtout dans méchanceté, sa lâcheté et sa cruauté. C’est tout cela qui rendait ses pièces attractives, le spectateur, par masochisme peut-être, venant se repaître de la vision et l’analyse de ses travers.

Si Pina n’a pas renié ce cri, ce besoin de dire crûment ce qui lui tenait à cœur et qui la tourmentait,  elle a pris avec l’âge un certain recul, empreint de sagesse et de philosophie. La beauté et la noblesse de l’âme humaine la passionnent aujourd’hui davantage. Et, finalement, il y a autant matière à évoquer et faire partager un univers de beauté, une rencontre attachante ou un petit détail de la vie des peuples entraperçus que de dénoncer les travers humains, quitte à ce que son œuvre perde un peu de sa force et de sa spontanéité.

C’est cependant un peu ce que l’on pourrait reprocher à sa dernière création, Bamboo Blues, qu’elle vient de présenter sur la scène du Théâtre de la Ville : une pièce qui évoque l’Inde qu’elle découvrit en 1979 à l’occasion d’une tournée de son Sacre du printemps. Une pièce un peu éthérée où les couleurs chatoyantes s’opposent à l’immaculée blancheur, une pièce pleine de ces petites choses qui sont la vie de tous les jours, l’échange d’un baiser ou une dispute, une réunion entre amis ou le partage de l’odeur de la cardamone, malgré tout émaillée de fort beaux moments de danse, qu’il s’agisse de soli ou de duos. Mais le souvenir que garde Pina de cette Inde paraît un peu superficiel, aseptisé, comme si elle avait voulu nous montrer que les facettes les plus agréables, faisant un peu fi de la réalité.

 

                                                                                                                               J.M. Gourreau

Bamboo Blues - Photo L. Philippe

Bamboo Blues / Pina Bausch, Théâtre de la Ville, Juin 2008. 

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