Bartabas - Murobushi / Le centaure et l'animal / Etrange mais fascinant

Photo Nabil Boutros 

Bartabas – Murobushi

 

Etrange mais fascinant

 

 

Qui aurait pu penser que deux hommes que tout séparait puissent un jour se rencontrer et, qui plus est, monter ensemble un spectacle d’une telle puissance et d’une telle qualité ? Une approche étonnante qui a séduit mais qui n’a cependant pas remporté une adhésion totale.

Curieusement, c’est Lautréamont qui a réuni ces deux artistes, grâce à un texte d’une force peu commune, évoquant la vie, la mort, le passage de l’un à l’autre, ainsi que la déchéance de l’homme, thèmes d'ailleurs très souvent évoqués par le butô qui, rappelons-le, prit naissance dans les années qui suivirent les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki. Un texte qui, de fait, non seulement faisait allusion à la fascination qu’éprouvait son auteur pour la mort mais aussi et surtout à l’animalité de l’être, permettant l’exploration des relations entre l’homme et l’animal.

C’est précisément la voie dans laquelle Bartabas cherchait depuis quelque temps à s’engager afin d’approfondir davantage les relations qu’il avait établies avec la plus noble conquête de l’homme. Il n’était plus question pour lui de dominer le cheval mais de tenter de faire corps avec lui, de ressentir son rythme intérieur, d’aller vers l’animal afin que l’animal vienne naturellement à lui. Il abandonnait sa casquette de maître, de dominant, au profit d’un dialogue, d’une communion avec l’animal. « L’homme et l’animal s’écoutent, » évoquait-il dans une interview. Ce faisant, il se détournait de la prestation spectaculaire qui était l’apanage de Zingaro pour présenter un spectacle beaucoup plus intime, plus intériorisé mais, aussi, plus poétique. C’est peut-être cela qui a laissé sur leur faim certains spectateurs qui cherchaient le panache, le faste, l’exubérance de Zingaro mais qui reconnaissaient finalement l’énorme travail que ce maître avait réalisé, obtenant de ses animaux ce que personne jusqu’ici n’avait obtenu, en particulier cette lenteur et ces chutes au ralenti, attitudes antinaturelles et totalement artificielles pour des chevaux. Ce parti pris donna en outre naissance à des instants d’une grande beauté, notamment lorsque le cavalier revêtit sa grande cape de mousseline noire, évoquant une sorte de Loie Fuller à cheval dans une prestation quasi démoniaque.

A l’inverse de Bartabas, Murobushi entra dans l’univers de Lautréamont par la porte de l’animalité. Là encore, rien de vraiment spectaculaire mis à part quelques instants de transe dans laquelle il semblait éprouver un mal d’une extrême violence qu’il ne parvenait pas à exorciser. Mais il était bien difficile au spectateur de pénétrer dans son monde, surtout lorsque le chorégraphe rejoignit les pulsions primitives, à l’image de celles si bien mises en valeur par le sculpteur contemporain Jeanclos.

Le point commun de cette confrontation entre trois univers bien différents, celui de Lautréamont, celui de Bartabas et celui de Murobushi fut donc l’animalité. Mais, s’il y eut rencontre, il n’y eut pas de véritable fusion. Cependant, ces tableaux, finalement assez minimalistes, plongèrent le spectateur dans une sorte de fascination, une rêverie poétique dont il dut se satisfaire sans tenter d’aller plus loin.

J.M. Gourreau

 

Le centaure et l’animal / Bartabas – Ko Murobushi, Théâtre National de Chaillot, Décembre 2010.

 

 

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