Benjamin Millepied / Bach studies (part 2) / Une création qui nous laisse sur notre faim

Benjamin millepied orpheus 03 ph isabelle devilleBenjamin millepied bachstudies 02 ph sergi alexanderBenjamin millepied orpheus 02 ph isabelle deville 1                                    Orpheus Highway                                                        Orpheus Highway                                                         Bach Studies; part II

Photos Isabelle Deville

Benjamin Millepied et le L.A. Dance Project :

Une création qui nous laisse sur notre faim

 

On l’attendait avec impatience. Il ne nous a malheureusement pas vraiment convaincus. En particulier avec la création mondiale de Bach Studies, part 2, œuvre au sein de laquelle Benjamin Millepied a cherché à approfondir la technique des contrepoints, fugues et canons qu’il avait mise au point lors de la création de Bach Studies, part 1, présentée en avril 2018 dans ce même théâtre. Cette pièce, sur la Seconde Partita pour violon seul de Bach, nous est d’ailleurs servie en prélude à la création chorégraphique réalisée en partie seulement sur la musique de Jean-Sébastien Bach, la partie centrale étant construite autour de deux partitions de David Lang, compositeur américain de musique minimaliste, connu entre autres dans le monde de la danse pour avoir composé la musique du spectacle Amelia (2003) pour la compagnie "La La La Human Steps" d’Edouard Lock. Or, les deux pièces de musique électro-acoustique de ce compositeur qui ont été intégrées dans ce spectacle, Joy, Glory & Sorrow, issues de Mystery Sonatas (2014), et Our Common Fate, extrait de The National Anthems (2016), contrastent trop fortement avec les deux pièces de Bach qui les encadrent, la Partita et la Chaconne d’une part, la Passacaille en ut mineur pour orgue d’autre part, conférant à l’œuvre un aspect hétéroclite et déconcertant, très préjudiciable à sa lecture. Il en ressort cependant une remarquable prestation des douze danseurs, embrigadés dans une chorégraphie nerveuse, puissante et soutenue, très acrobatique, certes un tantinet répétitive et peu innovante, mais qui met en valeur leur prodigieuse technique et leur musicalité. Duos, trios, quatuors et ensembles, très souvent au sol, plus électrisants et vertigineux les uns que les autres, entrecoupés de poses hiératiques, s’interpénètrent ou se succèdent à un rythme étourdissant. Si la pièce est présentée dans un écrin brut de décoffrage, c'est-à-dire avec comme seuls décors les murs abrupts et nus du plateau, les danseurs en revanche sont vêtus de costumes noirs et/ou blancs fort seyants confectionnés par Alessandro Sartori, lesquels rehaussent l’intérêt et l’originalité de ce travail.

Bejamin millepied orpheus 01 ph isabelle deville

Orpheus Highway

Orpheus HighwayCréé en 2018 et présenté en ouverture de programme pour la première fois en France, Homeward est une œuvre très courte sur une musique intemporelle en cinq temps, Aheym, du compositeur guitariste américain Bryce Dessner. Cette pièce, qui s’avère sans doute la plus intéressante de la soirée, met en avant l’originalité du style de Bejamin Millepied, très enlevé et truffé de sauts, au sein duquel les figures plus acrobatiques les unes que les autres se succèdent à un rythme étourdissant. Œuvre agrémentée de manière fort judicieuse par les images abstraites du vidéaste James Buckhouse.

Quant à la troisième pièce du programme, Orpheus Highway, créée en juin 2017 au Joyce Theater de New York, c’est d’abord l’envoûtante musique de Steve Reich, Triple quartet, magnifiquement interprétée sur scène par un quatuor "en live" (Eric Crambes et Anna Göckel, violons, Hélène Levionnois, alto et Eric Levionnois, violoncelle) qui emporte l’adhésion du spectateur. Au travers de cette œuvre et par le truchement de 9 danseurs, Benjamin Millepied évoque la tragique histoire d’amour d’Orphée et d’Eurydice : il la situe à la tombée de la nuit dans un univers de campagne banlieusarde morne et triste retracé par une vidéo oppressante et très évocatrice, conçue par le chorégraphe lui-même.

Au bout du compte, une soirée certes intéressante mais un peu décevante lorsque l’on garde en mémoire la personnalité et le talent du directeur et fondateur du Los Angeles Dance Project, lequel fut à la tête de la danse à l’Opéra de Paris durant plus de 3 ans, de janvier 2013 à février 2016.

J.M. Gourreau

Homeward, Orpheus Highway & Bach Studies (part 2) / Benjamin Millepied, Théâtre des Champs-Elysées, du 29 janvier au 1er février 2019.

 

Benjamin Millepied / Bach studies (part 2) / Théâtre des Champs-Elysées / Janvier 2019

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