Bernardo Montet / (Des)incarnat(s) / A la recherche de l'art brut

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Photos Alain Monot

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Bernardo Montet :

A la recherche de l'art brut

 

Peut-on puiser son énergie dans le corps de l'autre et s'en nourrir pour élaborer sa propre danse ? C'est ce que Bernardo Montet vient à nouveau de nous démontrer en tentant de saisir la fracture où réel et imaginaire se fondent, afin de mettre au jour, au travers de l'univers du comédien Jean-Claude Pouliquen, handicapé mental, de l'inénarrable, du sensible, de l'irrationnel, du poétique, ce en se projetant dans son corps. Cet homme touche en effet quelque chose d'unique, quelque chose de primitif qu'il nous est très difficile de percevoir, comme si nous étions dans un autre monde où la "civilisation" a fait son œuvre. Lui, en revanche, tel le Petit prince de Saint-Exupéry, se trouve sur une autre planète : il découvre ce qu'il fait au fur et à mesure où il le fait. Si nous-mêmes sommes capables d'anticiper, lui ne peut le faire. Il vient de nulle part et ne s'en aperçoit pas. Que se passe t'il avant le mouvement, avant le mot ? Ses gestes, ses actes sont primitifs, instinctifs et nous renvoient aux premiers mouvements de l'Homme peu après sa naissance.

(Des)incarnat(s) met donc le spectateur en présence de ces deux êtres, chacun dans son monde, dans une semi-obscurité qui a pour effet de les rapprocher. Un immense coussin noir rempli d'air, en leur faisant perdre l'équilibre et en les entravant, les confronte à la même épreuve : s’il les met tous les deux en péril, il les place également tous deux devant le même objet à apprivoiser. Leur danse se situe alors entre leurs pieds et le sol sur lequel il n’y a plus d’appui. Leur fragilité portée par cette danse minimaliste met en avant la vulnérabilité à l'autre, ce qui leur permet mutuellement de s'émanciper peu à peu. Si, à aucun moment, on se rend compte que Jean-Claude est handicapé, on s'aperçoit cependant que sa danse, au travers d’une gestuelle réduite à sa plus simple expression, est la lutte d'un corps qui cherche à se débarrasser de ce qui l'étouffe, à le libérer des contraintes dans lesquelles il a été enfermé. Et c’est en fait un spectacle aussi profond que poignant que nous offre Bernardo Montet avec  ce pas-de-deux d’une fragilité extrême, au sein duquel les deux artistes, en se rapprochant, vont parvenir à construire quelque chose ensemble. Une belle leçon de partage et de vie.

J.M. Gourreau

(Des)incarnat(s) / Bernardo Montet, Théâtre Louis Aragon, Tremblay-en-France, 24 mai 2014.

Bernardo Montet / (Des)incarnat(s) / Tremblay-en-France / Mai 2014

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