Bhabananda Barbayan / Etre moine et danser / Mandapa

 

 

 

 

 

 

 

 

Bhabananda Barbayan:

Moine-danseur de l’Ile de Majuli (Assam)

 

 

Etre moine et danser !

 

Bhabananda, dit « Bhaba » est un jeune chef de groupe de moines-danseurs, voués depuis le XVè siècle au seul culte du dieu  hindou Krishna -divinité joyeuse et aimant la vie. Les maîtres de son monastère (le Sattra), remarquant ses talents de danseur et son intelligence brillante l’ont désigné pour faire des études supérieures*. A son tour, il se charge de les guider vers une ouverture de leur art dévotionnel, une meilleure compréhension de la routine transmise. Le Mandapa a pu l’accueillir en ce 1er mai, à l’occasion d’un court séjour d’étude à Paris : le musée Guimet possède des œuvres et documents des créateurs de son ordre.

 

Le plus étonnant : ces moines sont hindous ; jusqu’ici nous ne connaissions que les moines-danseurs venus des communautés bouddhistes des Himalayas. Bhaba vient d’un monastère de Majuli, une île lovée dans une boucle du fleuve Brahmapoutre.

 

Le culte y est célébré par une danse. Le Sattriya ne ressemble à aucune autre des danses connues de l’Inde. Même si on a l’impression de les y retrouver toutes : des éléments communs y interviennent ; on est dans le domaine des danses-théâtralisées. Les acrobaties en frappant le tambour évoquent les danses de Kandy à Ceylan. Les moments dialogués sont proches des multiples théâtres populaires que l’Inde abrite. Le Sattriya est un art classique et savant mais à vocation populaire. L’éventail des expressions est moins large : les éléments de répertoire sont plus limités que dans les autres arts dévotionnels. Des pas, des sauts et des postures sont empruntés à des danses populaires locales et en gardent toute la vigueur. Cependant, l’ensemble obéit à la règle de rigueur épurée de toute danse indienne. Le jeu des mains pourtant très élaboré, diffère de ce que nous connaissons en tant que langage : son raffinement et son dynamisme interne s’inspirent d’un traité esthétique propre à l’Assam. Les représentations ont le statut d’offrande et de louanges adressées à la divinité pour son plaisir à elle avant tout ; statut identique aux danses des temples du sud.**

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Ce dimanche se posait une fois encore deux questions récurrentes en ce domaine : pourquoi et comment transposer ces actes dévotionnels très imprégnés de leur contexte d’origine ? Pourquoi et comment présenter en solo des danses conçues pour un groupe ?

 

La réponse à la première est elle aussi récurrente : on ne peut déplacer le monastère, est-ce une raison pour rester ignorants de cet art ? Limiter le nombre d’intervenants ne réduit pas la dimension spirituelle. Bien évidemment, c’est Bhaba seul qui a choisi et conçu sa prestation, nul occidental n’est intervenu au nom de présupposés esthétiques.

 

Passer du groupe au solo est une perte de « spectaculaire » : les sauts avec tambour n’avaient pas la majesté de ce même saut fait à huit ou dix, les tambours maintenus parallèles à tout moment et dans un unisson magnifique de la percussion ; danser seul face au public ne fait pas le même effet que danser en ligne, en quinconce ou en cercle. Mais étions-nous là pour l’effet quantitatif ? Pour qui a vu les deux prestations (groupe l’an dernier, solo cette année), avoir accès aux moindres détails du mouvement et des expressions, dans la proximité (Mandapa), peut-il être une perte ? Pour préciser : en solo on voit l’art, en groupe, on voit le spectacle ; les deux ont leur valeur propre et ne peuvent qu’intéresser les amateurs de danse.

 

Le seul vrai regret : l’absence physique des musiciens et chanteurs, d’autant que l’enregistrement fait pourtant dans un studio à Delhi était de bonne qualité technique mais avec parfois des effets esthétiques peu heureux, comme les échos au moment où le nom de la divinité est prononcé : ça ne remplacera jamais les vibratos de la voix pleine de dévotion.

 

La voix qui a manqué de dévotion en revanche a été celle du présentateur : connaisseur et communicatif, il a parfois utilisé un vocabulaire trop moderne et familier qui ne correspond pas à la manière dont la dévotion populaire s’exprime en Inde ; mais ceci est vraiment mineur et facile à rectifier.

 

Parmi les cinq séquences présentées, je choisirai celle qui témoigne de la façon dont chaque dévotion spécifique du monde hindou aménage les textes canoniques pour la plus grande gloire de sa divinité. Les moines-danseurs de Sattriya sont donc des dévots de Krishna ; dans l’hindouisme canonique, il est « seulement un avatar » (descente sur terre) du très important Vishnou. La légende canonique de « L’Homme-Lion », lui-même quatrième descente du même Vishnou, a été transformée pour l’attribuer à Krishna. Laissons la théologie : l’esthétique trouve largement son compte dans cette séquence qui permet de mettre en valeur les différents registres de jeu et de dynamisme de l’art si raffiné et vivifiant  du Sattriya.

 

Eliane Beranger

 

Mandapa (Paris 13è) le 1er mai 2011

 

* Bhabananda achève cette année son doctorat sur le Sattriya à l’université de Calcutta. Il est également « chorégraphe » pour revitaliser les danses traditionnelles de sa communauté. En 2008, il a ouvert une école à Delhi pour transmettre cet art. Nous souhaitons l’accompagner dans son vaste projet personnel, dont nous serons sûrement amenés à vous reparler dans quelques mois.

 

** Rappelons que les danseurs des temples hindous ne sont pas des « officiants » mais des artistes professionnels que l’on engage : le spectacle constitue une offrande parmi d’autres dont seul le mécène tirera un  bénéfice spirituel. D’où l’originalité, pour le monde hindou, de cet art appartenant à des moines.

 

 

 

Commentaires (2)

1. casino.fr (site web) 12/08/2011

J'aime leur culture, les danses sont tout simplement génial.

2. JohnnieGed (site web) 03/10/2017

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