Bill T. Jones / A letter to my nephew / Une admirable leçon d'amour

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                         Photo Sam Rosenblatt                                                                                                                        Photo Eric Politzer

Bill T. Jones :

Il n'y a pas de bonheur dans la haine.

Albert Camus

Une admirable leçon d'amour

 

Voilà un spectacle qui révèle l'empathie, l'affabilité, la sociabilité extraordinaires de son auteur. Durant toute sa carrière de chorégraphe et de danseur, Bill T. Jones a fait preuve d'une étonnante générosité, d'un dévouement et d'une attention incommensurables à l'égard des autres, ses frères noirs. Son existence, il l'a consacrée au partage, à la recherche de leur bonheur, à les soutenir dans leur détresse, à les aider lorsqu'ils étaient dans l'adversité ; toute sa vie, il n'a cessé de lutter contre la misère, les injustices sociales, les révoltes, l'esclavage, la corruption, la guerre, l'apartheid... Et ce, bien sûr, par le truchement de l'un des plus beaux langages qu'il connaisse, celui de la danse. Son œuvre toute entière est chargée d'une bonté et d'une générosité ineffables, mettant en avant sa grandeur d'âme de pasteur.

Sa dernière création "conçue spécialement pour la France", précise t'il, A letter to my nephew, est en fait une ébauche du second volet - Lance/Pretty aka the Escape Artist - d'une monumentale trilogie intitulée Analogy, dont le premier volet, Dora/Tramontane, a été créé en juin 2015 à Montclair dans le New Jersey (USA). Les deux autres sont prévus respectivement en juin 2016 et en juin 2017.

Qu'évoque donc cette œuvre ? Bien sûr, les problèmes cent fois ressassés par le passé, "la lutte sociale en France comme aux USA, l'immigration, les inégalités, la violence, les problèmes raciaux et l'(homo)sexualité". Elle a pour origine une série de conversations réalisées chaque semaine durant 3 ans avec son neveu, Lance Briggs surnommé Pretty, ancien danseur, homosexuel, prostitué, délinquant, toxicomane et séropositif, paralysé depuis lors, hospitalisé dans un hôpital de Floride. Aurait-il pu en tomber amoureux ? Sans doute car sa beauté était proverbiale. Toujours est-il qu'il en évoque un portrait plus réel que nature, certes un peu alambiqué car les actions sur le plateau se mêlent et s'entrecroisent, égarant un peu le spectateur.

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Photos Eric Politzer

 

 

Le rideau se lève sur une monumentale bagarre qui aurait pu engendrer désordre et désolation mais, pour le chorégraphe, la violence n'exacerbe pas la haine : en revanche, elle ne peut et ne doit être présente dans un spectacle que comme faire valoir du pardon. C'est peut-être là l'une des idées majeures de cette oeuvre, laquelle reviendra à différentes reprises au cours de la soirée, rendant cette violence presque supportable, voire même parfois bouleversante, dégageant en tout cas une émotion tangible sans que l'on puisse en déterminer précisément la raison. De nombreuses idées plus originales et émouvantes les unes que les autres jailliront de la mise en scène de ces entretiens - entre autres la lutte de Pretty contre son infirmité - mis en mouvement au moins partiellement - une fois n'est pas coutume - par le hip-hop : il faut souligner que le chorégraphe s'en tire à merveille, servi magistralement il est vrai par des danseurs hors pair. A noter également une mise en scène très innovante due à Bjorn Amelan et, surtout, la partition musicale de Nick Hallett d'un grand lyrisme et d'une fabuleuse richesse, parfaitement adaptée au style de l'œuvre.

Malheureusement, une grande partie des spectateurs potentiels se sera vu privée de ce magnifique spectacle car, à l'instant même où Bill T. Jones prônait le respect et l'amour de son prochain, quelques fanatiques s'acharnaient froidement, à peu de distance de là et de façon barbare en plein cœur de la Capitale sur des innocents, semant la mort, kalachnikov à la main, enfermant le pays dans un "état d'urgence"... Nous vivons vraiment dans un monde aussi incompréhensible que sauvage !

J.M. Gourreau

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Photos Sam Rosenblatt

 

 

A letter to my nephew / Bill T. Jones, Maison des arts de Créteil, 12 novembre 2015.

Bill T. Jones / A letter to my nephew / Créteil / Novembre 2015

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