Bill T. Jones / Fondly do we hope... fervently do we pray

Bill T. Jones : 

 

 

Esthétisme et passion

 

 

Bill T. Jones a passé toute sa vie à défendre, au travers de son art, la cause des faibles et des opprimés, celle des victimes des injustices sociales, de l’esclavage et des guerres. Les exactions de la religion et la condition des malades, notamment ceux atteints par le sida (Still/Here, 1993), ont aussi toujours fait et font encore partie de ses préoccupations majeures. Ses œuvres nous ont ouvert les yeux sur un monde que beaucoup d’entre nous ne connaissaient pas, ni même ne soupçonnaient l’existence.

Or, cet humaniste américain s’est vu confier, il y a un peu plus d’un an, la mission de célébrer par l’art de Terpsichore le 200è anniversaire de la naissance d’Abraham Lincoln dont on sait que le combat pour la justice et la liberté était au moins égal à celui du chorégraphe : on lui doit en effet la promulgation du décret d’émancipation des noirs en 1863, décret qui, d’ailleurs, ne lui portera pas chance car il sera assassiné deux ans plus tard par un acteur sudiste au cours d’une représentation théâtrale.

Fondly do we hope… Fervently do we pray évoque bien entendu l’abolition de l’esclavage et le fait que ce célèbre président des Etats-Unis ait rendu à l’Homme noir sa dignité, non seulement par une danse d’une force incommensurable mais également par la mise en scène d’un spectacle grandiose d’une grande pureté : en effet, Bill T. Jones s’avère un chorégraphe exceptionnel doublé d’un metteur en scène de grand talent. Aussi a t'il conçu pour cette œuvre, avec ses complices Bjorn Amelan et Janet Wong, une symphonie en noir et blanc sur deux plans, l’un étant constitué d’un praticable - sorte de mini-scène avancée dans le public - relié au plateau principal par un chemin de lumière, l’autre, d’un cyclo de tulle descendant des cintres et permettant un changement rapide de décor. L’action était donc partagée entre ces deux lieux, le praticable étant réservé aux scènes plus intimistes et aux pas de deux. Seuls éléments de décor sur le plateau central, six colonnes de pierre blanche pour évoquer le Parlement, renforçant encore l’impression de pureté qui émanait de l’œuvre. Celle-ci était baignée par une musique souvent poignante signée Jérôme Begin, Christopher Antonio, William Lancaster et George Lewis, interprétée live par leurs auteurs, ainsi que par la voix chaleureuse de Clarissa Sinceno. Quant à la chorégraphie, elle était bien sûr de la même veine que celle des œuvres précédentes du chorégraphe, violente et théâtrale mais toujours harmonieuse et coulée. Un fort bel et vibrant hommage par conséquent, auquel on pourra cependant reprocher d’avoir été accompagné par un trop long texte en langue anglaise évoquant la vie de Lincoln, texte traduit et projeté - pour ceux qui n’étaient pas anglophones - sur un petit écran au sommet de la scène et qui accaparait par trop l’attention, la détournant de l’action dansée.

J.M. Gourreau

 

Fondly do we hope… Fervently do we pray / Bill T. Jones, Maison des arts de Créteil, Octobre 2010.

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