Blanca Li et Maria Alexandrova / Déesses etdémones / Violence et passion

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Photos: Compagnie Blanca Li

 

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Blanca Li & Maria Alexandrova:

Violence et passion

 

Qui se ressemble s'assemble, dit le proverbe. Même tempérament, même exubérance, même énergie. Blanca Li, l'Espagnole, tout comme Maria Alexandrova, la Russe, se sont concoctées un spectacle à leur image, sur un rythme débridé, débordant d'imagination, de pétulance, de fougue. Un spectacle qui captive et qui trouble par ses allusions à des choses qui nous font peur, démons, sorcières, furies et... serpents enchevêtrés dans une jungle exubérante. Un spectacle qui fascine par sa mise en scène, une sorte de duel entre deux maîtresses-femmes aux pouvoirs aussi démoniaques que surnaturels qui tantôt s'attirent, tantôt se repoussent, déchaînant les éléments sur leur passage. Pas étonnant de la part de Blanca Li qui dévoile, au travers de cette œuvre, une nouvelle facette de son art. Si cette création, Déesses et démones lui permet de mettre en valeur sa grande présence et d'exprimer sa violence intérieure, elle confirme surtout sa clairvoyance dans le choix de ses collaborateurs, en particulier le scénographe - metteur en scène Pierre Attrait, avec lequel, d'ailleurs, elle a collaboré à diverses reprises, en particulier pour Corazón Loco et Poeta en Nueva York, oeuvres que l'on a pu voir, entre autres, à Chaillot en 2007 et 2008. Le plus grand intérêt de ce spectacle, tout comme celui de sa précédente pièce, Robot, présentée dans ce même théâtre en décembre 2013, réside en effet dans sa mise en scène, l’atmosphère créée reléguant la chorégraphie au second plan. C’est elle, ici, qui donne le ton, la scénographie, les effets vidéo de Charles Carcopino et les lumières de Caty Olive auréolant l’œuvre d’un fascinant mystère et d’un exotisme surprenant. Mais c’est sans doute à Pierre Attrait que l’on doit cet extraordinaire effet de miroir dû à un plancher réfléchissant, démultipliant les personnages, leur conférant une dimension et une puissance peu communes.

Si l’œuvre est truffée d’effets visuels plus spectaculaires les uns que les autres, il n’en faut pas oublier pour autant les deux protagonistes, lesquelles s’avèrent assez proches l’une de l’autre tout en maniant et mariant les contrastes à la perfection. Blanca Li, on la connait bien. Gymnaste, comédienne, rockeuse, réalisatrice de films, danseuse, chorégraphe, elle a quasiment touché à tous les arts de la scène. Son éventail, dans le domaine de l’art de Terpsichore, est étonnant, allant du flamenco au contemporain en passant par le classique, le baroque et le hip-hop. Sa dernière œuvre, Robot, a fait le tour du monde. C’est l’envie – et, aussi, le besoin - d’aller explorer la mythologie ou, plus exactement les femmes dans la mythologie qui l’a poussée à s’allier mais aussi à s’affronter à une étoile du Bolchoï de 14 ans plus jeune qu’elle, Maria Alexandrova, une forte tête elle aussi, dans un univers commun qu’elles vont explorer chacune à sa manière, tout en en développant les différences : le blanc et le noir, le jour et la nuit, l’horizontalité et la verticalité, le calme et la violence. La nuit se peuple d’étranges lueurs révélant les secrets des sirènes et des démones ; les corps se noient dans les corolles des fleurs rouges, bleues et mauves du jardin d’Eden, les flammes surgissent dans un halo d’aurore boréale, tandis que les robes, qu'elles soient pourpres ou blanches, virevoltent au gré des tours en invoquant les mânes de la Loïe Fuller. Fascinant.

J.M. Gourreau

Déesses et démones / Blanca Li et Maria Alexandrova, Théâtre des Champs-Elysées, Paris, du 22 décembre 2015 au 3 Janvier 2016.

 

Blanca Li et Maria Alexandrova / Déesses etdémones / Théâtre des Champs-Elysées / Décembre 2015

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