Boris Eifman / Up and down / Un monde de contrastes

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 Photos Souheil Mikhael Khoury

 Boris Eifman :

Un monde de contrastes

 

Boris Eifman vient à nouveau de nous présenter un joyau chorégraphique dont il a seul le secret. En effet, ce chorégraphe russe, qui se produit assez régulièrement à Paris avec sa compagnie, outre le fait de se démarquer de l’académisme officiel, maitrise à la perfection l’art de raconter des histoires. Il trouve ses sources d’inspiration dans la littérature occidentale, chez Shakespeare, Beaumarchais ou Zola par exemple mais aussi chez des auteurs russes comme Dostoïevski ou Boulgakov. Sa dernière venue dans notre capitale remonte au 16 mars  2013, date à laquelle il créait Rodin et son éternelle idole dans ce même théâtre*. Une œuvre de la même veine que le ballet qu’il présente aujourd’hui, Up and down, dont la première partie s’inspire de l’univers aussi poignant que déprimant des hôpitaux psychiatriques dans lequel avait également vécu Camille Claudel, univers qui se trouve être aussi celui de Nicole et de Dick, les deux héros du roman Tendre est la nuit de Francis Scott Fitzgerald qui a servi de base à l’argument de ce ballet.

Tendre est la nuit est considéré comme le chef d'œuvre de Scott Fitzgerald. Ce roman s'inspire des années tant de bonheur que de souffrance que son auteur  passa sur la Côte d'Azur, à l'époque où sa femme Zelda vit apparaître ses premières crises de schizophrénie. C'est précisément au sein de cet univers médico-carcéral que débute ce ballet qui dépeint un drame psychologique que nous pourrions très bien nous-mêmes vivre un jour. Il met en effet en scène un jeune psychiatre qui se voit confier par son père une jeune patiente richissime, à laquelle il va s'attacher en découvrant la cause de son mal, l'inceste. Un sentiment d'amour naît peu à peu entre le médecin et sa malade, lesquels vont bientôt s'unir par le mariage. Mais cette dernière, une fois guérie, demande à son mari d'abandonner son art et sa carrière pour mener en sa compagnie une vie de fête et de plaisir. Cette union ne durera cependant qu'un temps, et l'infidélité de l'épouse reconduira bientôt le médecin à l'asile, cette fois en tant que patient.

Cette histoire, agrémentée de nombreux rebondissements, s'avère remarquablement servie par une mise en scène et des décors qui la rendent parfaitement lisible jusque dans les moindres détails. Mais elle bénéficie surtout d'une chorégraphie d'une expressivité extrême, les gestes bien que truffés de difficultés techniques, étant eux-mêmes lourdement chargés de sentiments. C'est d'ailleurs ce qui caractérise l'art de Boris Eifman dont les œuvres, bien que parfois alambiquées, sont toujours d'une lecture aisée. Et lorsqu'elles sont dansées par des interprètes de haut niveau comme ce fut le cas ici, on ne peut être que comblé.

Le premier acte, qui se déroule par conséquent au sein même de l'asile, évoque fortement la Giselle de Mats Ek, bien que soutenu par une chorégraphie moins contemporaine mais aussi plus expressive. Des attitudes très réelles et sans équivoque, parfaitement étudiées, qui atteignent leur but, touchant le spectateur au plus profond de son âme. Cet acte est en outre servi par des musiques de Schubert et de Berg parfaitement adaptées au propos. En évoquant les plaisirs de la fête, la seconde partie de cette œuvre, plus gaie et plus colorée aussi, essentiellement soutenue par des musiques de Gerschwin, s’avère un clin d’oeil à Jérôme Robbins. Elle bénéficie de décors et costumes chauds et somptueux qui apportent un rayon de soleil dans ce drame passionnel. Voilà à nouveau un ballet « de caractère » particulièrement bien conçu, de plus remarquablement dansé, qui fait honneur à son auteur.

J.M. Gourreau

Up and down / Boris Eifman et le Eifman Ballet Saint Petersbourg, Théâtre des Champs Elysées, du 9 au 11 février 2015.

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Photos Jack Devant

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* Ce ballet a été redonné à l’Opéra de Massy les 13 et 14 décembre 2014 (voir critique dans ces mêmes colonnes à cette date).

Boris Eifman / Up and down / Ballet de St pétersbourg / Théâtre des Champs-Elysées / Février 2015

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