Bouba Landrille Tchouda / Murmures / Les affres de l'incarcération

 Photo F. Hernandez

 

Bouba Landrille Tchouda :

 

Les affres de l’incarcération

 

 

Un huis clos. Au fond, un mur gris et sale supportant un minuscule lavabo. A côté, un tabouret d’un ridicule sans égal. La lumière jaillit sur un homme assis dans la pénombre sur une cuvette de WC. Sa tête, son regard accablé sont tournés vers le sol. Sortant subitement de sa torpeur, il se lève et avance en titubant vers le public, comme ivre, à la recherche constante de son équilibre, dans une danse un peu saccadée.

A l’opposé, deux lits superposés s’offrent à nos yeux. Un autre personnage en tombe et roule sur le sol. Il ne semble pas voir son camarade, pourtant tout près de lui qui retourne nonchalamment s’allonger sur l’autre lit, indifférent lui aussi à la présence de son congénère. Existe-t-il seulement ?

Leurs corps, bien que tendus et retenus, parfois imprégnés d’une grande douceur, sont animés de mouvements tantôt coulés, tantôt plus vifs qui les conduisent du lit au WC et du WC au lit, en s’octroyant parfois un petit détour par le lavabo. Les minutes, les heures passent, toutes semblables dans leur fatale platitude. Leur geôle, car c’est bien de cela qu’il s’agit, ils l’ont explorée tour à tour des dizaines de fois, dans toutes les positions, jusque dans le moindre recoin. Petit à petit cependant, le mur du silence se brise, les humeurs se réveillent. Ne peuvent-ils, ne doivent-ils pas faire quelques concessions pour pouvoir vivre ensemble dans cette même galère ? Le sol de la cellule est le seul lieu possible de détente, d’exercice, de danse. De cette danse qui, petit à petit, va permettre à chacun de prendre conscience de l’existence de l’autre. Rencontres, faces à face, jeux, défis, luttes naissent et se succèdent. L’indifférence se brise, laissant place à l’amitié naissante. Puis à la franche camaraderie.

Un propos certes cousu de fil blanc. Un univers dépourvu de suspense mais attachant, voire, par moments, bouleversant. C’est en effet grâce à la danse que ces deux taulards vont trouver un réel repos mental, éviter l’enfermement dans la folie. Leur solitude devient de moins en moins prégnante au fur et à mesure que leurs corps se libèrent de leur torpeur, de leur fardeau, que leurs mouvements entrent en phase. La gestuelle du hip-hop sert à merveille le propos dans un espace aussi exigu. De par sa force, sa concision, sa géographie spatiale saccadée, tarabiscotée, torturée, elle rend parfaitement lisible l’étroitesse des relations qui étreignent nos deux compères. La fraternité naît au travers des regards, des attitudes, des mouvements. C’est seulement à ce moment que des liens très forts parviennent à se tisser. Indéfectibles même… Poignant !

 

J.M. Gourreau

 

Murmures / Bouba Landrille Tchouda, Théâtre National de Chaillot, Novembre 2010.

 

 

Commentaires (1)

1. seotons (site web) 31/01/2011

Merci pour ce blog !

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