Brigitte Seth & Roser Montllo Guberna / Change or die / La dure réalité des choses

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Photos J.M. Gourreau

Brigitte Seth et Roser Montllo Guberna :

 

La dure réalité des choses

 

 « Je suis un pauvre jeune homme sans travail et plein de zèle commercial, je m’appelle Wenzel, je cherche une place idoine et me permets par la présente de vous demander poliment et gentiment si, par hasard, vous n’en auriez pas une de ce genre disponible dans vos vastes bureaux aérés, clairs et plaisants. Je sais que votre chère entreprise est grande, fière, ancienne et riche, et je peux donc m’abandonner à l’agréable hypothèse qu’une gentille petite place sympathique et facile serait libre chez vous et que je pourrais m’y glisser comme dans une sorte de cachette bien chaude »… Ces paroles volontairement déclamées de façon théâtrale et mécanique - avec un zeste de lassitude judicieusement calculé dans la voix - par Roser Montllo Guberna en ouverture de Change or die, ne vous évoquent-elles pas les litanies débitées à longueur de journée, entre autres dans le métro parisien, par les sans-travail ni domicile fixe en quête de quelques sous pour survivre ?

Ces quelques phrases, issues de textes écrits par le poète Robert Walser en 1913 et rassemblés après sa mort sous le titre Das Stellengesuch (Rêveries et autres petites proses), servent de support à Change or die, second volet d’un diptyque consacré à l’œuvre de cet écrivain, diptyque ayant débuté en juillet 2011 par Avant-propos, récit dansé qui mettait en scène les problèmes psychologiques de l’un de ses héros, Helbling, ainsi que ses angoisses maladives. Cette création questionne à nouveau notre époque, se déroulant cette fois au sein d’une entreprise mal définie, une fabrique de chemises ou une blanchisserie peut-être… Comme de coutume chez Brigitte Seth et Roser Montllo Guberna qui n’ont l’habitude ni de mâcher leurs mots, ni d’affadir leurs gestes, cette pièce est une œuvre engagée, déclamée et dansée avec humour et dérision mais qui cache en fait une réalité que nous nous refusons de voir : c’est sans doute pourquoi elle est assénée avec impertinence, de manière abrupte, volontairement sans une once de délicatesse mais avec une grande subtilité, de telle manière que nous ne puissions ni fermer les yeux, ni nous dérober. De nos jours, tout comme il y a 100 ans il est vrai, trouver un emploi relève du parcours du combattant, surtout lorsqu’on ne sait pas faire grand-chose ! Ne s’en sortent que ceux qui ont de l’esprit et du bagout. Ce qui était le cas de Robert Walser, un bohème ayant exercé de nombreux métiers - domestique, secrétaire, employé de banque - avant de trouver sa voie…

Peut-être pour donner davantage de poids à leur propos, ces deux artistes ont démultiplié leur personnage, mettant en scène six clones de Wenzel, tant masculins que féminins, tous aussi gauches les uns que les autres malgré leur apparente liberté d’action, les confrontant à leur propre incompétence ; l’absurdité des situations dans lesquelles ils se trouvent prête souvent à rire mais d’un rire jaune qui affecte tant le cœur que l’esprit. Et qui nous donne à réfléchir sur notre condition, témoignant du fait que la vie n’est sans doute pas qu’un long fleuve tranquille pour tout le monde, et qu’il nous faut sans cesse lutter pour survivre… Propos conclus à la batterie, non sans fracas d'ailleurs, par un magnifique solo de Jean-Pierre Drouet.

J.M. Gourreau

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Change or die / Brigitte Seth & Roser Montllo Guberna, Théâtre Jean Vilar, Vitry / Seine, 6 et 7 avril 2013 & Carré S. Montfort, Paris, du 9 au 20 avril 2013.

Brigitte Seth & Roser Montllo Guberna / Change or die / Vitry / Avril 2013

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