C. et F. Ben Aïm / En plein coeur / Biographie d'un tueur

  Christian et François Ben Aïm :

 

 

Biographie d’un tueur

 

Il n’ y a pas de héros dont les habits ne soient pas trempés de sang…
B-M. Koltès

                                                                                                        Photos J.M. Gourreau

 

Bien savoir raconter une histoire n’est pas donné à tout le monde. D’une part, parce qu’elle peut être trop abstraite pour être évoquée par la danse. D’autre part, parce que le chorégraphe peut manquer d’imagination ou les interprètes de talent. Il n’était pas évident pour Christian et François Ben Aïm d’éviter ces écueils lorsqu’ils se sont attaqués à l’adaptation à l’art de Terpsichore du célèbre roman Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès. L’œuvre en effet n’est pas particulièrement aisée à mettre en scène du fait de ses actions et ses rebondissements. Mais ils ont su éviter toutes les embûches dont leur chemin était parsemé.

Le drame de Koltès est inspiré d’un fait divers, l’évasion d’un tueur d’un asile psychiatrique qui va successivement occire, durant sa cavale, trois personnes dont sa mère et sa sœur avant d’être à nouveau interné. Si les chorégraphes n’ont pas repris à leur compte toutes les exactions de ce personnage ancré dans la drogue et l’alcool, ils n’en en pas moins brossé le portrait d’un déséquilibré révolté et violent puisqu’il va tout de même commettre un crime, mais surtout d’un loubard comme on en voit de plus en plus dans nos banlieues mal famées, celui d’un chef de bande qui s’affirme en laissant sur le carreau des êtres de son entourage, entre autres sa mère qu’il traite de façon ordurière et une jeune fille qu’il va rendre enceinte avant de l’abandonner.

Cette étude de mœurs est évoquée crûment, violemment, parfois même de façon excessive. Mais aussi avec une grande justesse. Il n’a pas fallu moins de 9 danseurs-acteurs hors du commun, tous différents dans leur nature, leur caractère, leur philosophie, leur histoire pour parvenir à exprimer toutes les facettes des personnages mis en scène, les subtilités de leur jeu. Leur naturel, leur énergie, leur recherche permanente de communication avec les autres sont étonnants ; et leur passion, leurs désirs, leur souffrance, leur violence, leur désespoir mais, aussi, leur tendresse et leur sensibilité, interpellent, tant ils semblent vrais. On pense à West Side Story de Robbins. Tout, bien sûr, n’est pas dit, laissant une bonne part à l’imagination, stimulée par la scénographie à transformations. On peut toutefois s’interroger sur la place du texte dans la représentation de l’œuvre, lequel eut sans doute pu être avantageusement remplacé par des passages musicaux bien adaptés. Mais cette juxtaposition de saynètes trace une bonne image d’une certaine réalité de notre monde, faits qui risquent à l’avenir d’être de plus en plus fréquents si nous ne faisons rien pour les enrayer.

 

J.M. Gourreau

 

En plein cœur / Christian et François Ben Aïm, Espace 1789, Saint-Ouen, Mai 2010.

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