Camille Mutel / Effraction de l'oubli / Le modèle

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Camille Mutel

Photos J.M. Gourreau

 

 

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Danaïde (Camille Claudel) / Rodin

 

Camille Mutel :

 

Le modèle

 

Elle s’appelle Camille Mutel. Elle aurait pu s’appeler Camille Claudel. C’est en effet avec une science et un art consommés qu’elle est parvenue à magnifier son corps jusqu’à le rendre sublime. Un modèle d’une sculpturale beauté qui s’est laissé admirer durant presque une heure, tournant imperceptiblement sur lui-même comme sur une sellette dans un atelier d’artiste. Un corps ineffable, jailli de la pierre, caressé, modelé, ciselé, sculpté par la lumière des projecteurs. Celui d’un être frémissant, d’une sensibilité et d’une sensualité à couper le souffle, irradiant avec force la passion, le désir d’être aimé, la jouissance d’être admiré. D’un être sans visage, recouvert d’un masque - d’ailleurs moulé sur ses propres traits - à l’instar des acteurs de nô, comme s’il cherchait à ne donner de lui qu’une image charnelle ou organique, à garder l’anonymat pour conserver par devers lui son âme. Une vision fantasmatique qui fascine, bien qu’il ne se passe absolument rien mais qui comble et transporte par l’harmonie des formes offertes, par leur élégance et leur délicatesse, par leur esthétique aussi, leur géométrie étant quelque peu inhabituelle. Une danse minimaliste proche du butô (que l’artiste a d’ailleurs pratiqué), quasiment sur place, toujours sur la corde raide, qui suffit largement à elle-même.  

Et pourtant, si l’on ne garde de cette (re)présentation qu’une fascinante image - certes érotique - de beauté et de pureté, on s’aperçoit, à la lecture du programme, que les propos de la chorégraphe étaient en réalité tout autres. L’Effraction de l’oubli est en fait née de la lecture du Regard d’Orphée de Maurice Blanchot, Camille Mutel cherchant à s’approcher au plus près de l’endroit où Orphée perdit son Eurydice. Non pour évoquer ce mythe mais plutôt pour rappeler un désir souvent irrépressible de franchir une barrière interdite afin de goûter à une chose qui, bien que tout à fait ordinaire, reste défendue et souvent inaccessible, « révélant la vacuité qui ouvre le puits des songes ».

 

J.M. Gourreau

mutel-c-effraction-de-l-oubli-mains-d-oeuvres-15-mars-2012.jpgmutel-c-effraction-de-l-oubli-mains-d-oeuvres-17-mars-2012.jpg mutel-c-effraction-de-l-oubli-mains-d-oeuvres-06-mars-2012.jpgEffraction de l’oubli / Camille Mutel, Mains d’œuvres, St Ouen, 13 mars 2012, dans le cadre du festival Les Incandescences.

 

 

Camille Mutel / Effraction de l'oubli / Mains d'oeuvres / Mars 2012

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