Camille Mutel / Not I / L'offrande

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Camille Mutel :

L’offrande

 

Camille mutel 370x559Chez Camille Mutel, tout est longuement, mûrement réfléchi, soigneusement mesuré ; chacun de ses propos est toujours exposé avec calme,  dans la lenteur et la sérénité, donnant à son interlocuteur le temps à la réflexion, lui permettant de déguster avec félicité les images qui lui sont proposées. Comme dans ses précédents spectacles, cette chorégraphe fait preuve d’une très grande empathie vis-à-vis de ses semblables, tout particulièrement dans Not I, premier volet d’une quadrilogie intitulée « La place de l’autre ». Cette création fait allusion à ceux qui ont faim, certains pourraient y voir le bon samaritain de la Bible, tentant de trouver des remèdes à leur détresse. Dans ce solo, la chorégraphe -interprète dresse un cérémonial, celui de la préparation d’un repas qu’elle va proposer à l’un des spectateurs à l’issue du spectacle. On peut bien évidemment penser à La Cène de Léonard de Vinci ou aux tableaux représentant l’eucharistie pour les catholiques, la Sainte-Cène pour les protestants, sacrement chrétien qui occupe une place centrale dans la doctrine et la vie religieuse de la plupart des confessions chrétiennes. Ce rite fut institué par Jésus-Christ qui, la veille de sa passion, distribua du pain et du vin aux apôtres en tenant ces paroles : "Ceci est mon corps, ceci est la coupe de mon sang… Faites ceci en mémoire de moi".

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Photos J.M. Gourreau

Dans sa note d’intention, Camille Mutel évoque le fait de placer ce cérémonial sur le plan de l’intime, comme un manifeste pour un art de la relation et, en cela, place le paradigme dans une dimension résolument laïque. Ici pas de pain mais bien du vin que Camille Mutel va offrir à un spectateur, judicieusement choisi dans l’assistance, un homme ou une femme qui sera, par son attention, entré en communion avec elle au cours du spectacle. C’est en fait un repas, certes symbolique, qu’elle prépare minutieusement, cérémonieusement, devant lui tout au long de la représentation. La table qu’elle va dresser, faite d’une simple planche posée sur un étau de menuisier, peut faire penser à Saint-Joseph l’ouvrier, un homme humble parmi les humbles s’il en est un, et la blouse blanche qui fait office de nappe, évoque elle aussi celle d’une travailleuse, douce et sans tâche, à l’image de la vierge Marie. Le repas quant à lui sera constitué non de pain mais d’un plat d’oignons accompagné d’un maquereau - le plat du pauvre - que la chorégraphe va se mettre en devoir de trancher à l’aide d’un couteau de boucher extirpé de la poche de son tablier avant de le livrer comme une offrande à l’issue de la soirée.

Derrière ces gestes, fort violents, d’ailleurs assénés sur un oignon après mûre réflexion par la chorégraphe avec une impulsivité et une sauvagerie étonnantes, se cachent toutefois d’autres interprétations, en particulier l’intention de tuer, d’annihiler une vie, qu’elle soit animale ou végétale, d’ailleurs. Dans certaines peuplades primitives, les offrandes ne résultaient-elles pas de sacrifices bien souvent animaux voire humains ? D’un autre côté, ces tranches d’oignon, ne pourraient-elles pas être assimilées à des hosties ? Comme on le voit, malgré la ténuité de son propos et lenteur de son action, ce spectacle ouvre de nombreuses voies à la réflexion, déroulant un paysage propre à l’imagination. Il n’en reste pas moins avant tout une œuvre charismatique qui fait honneur à son auteur.

J.M. Gourreau

Not I / Camille Mutel, le Point Ephémère, Paris, 28 & 29 Janvier 2020, dans le cadre du festival « Faits d’hiver ».

 

Camille Mutel / Not I / Le Point éphémère Paris / Janvier 2000

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