Camille Ollagnier / A rebours / Le mathématicien de la danse

 

ollagnier-c-a-rebours-micadanses-04-mai-2012.jpgollagnier-c-a-rebours-micadanses-03-mai-2012.jpgCamille Ollagnier :

 

 

Photos J.M. Gourreau

 

 

 

Le mathématicien de la danse

 

On l’avait déjà vu à Vanves en mars 2007 dans une carte blanche à Christine Gérard dans laquelle il présentait sa première pièce, Proskénion, un joli petit duo pour Benjamin Forgues et Sophie Lancelin. On le retrouve sur cette même scène l’année suivante avec une oeuvre pour 5 danseurs et 3 musiciens, Sub rosa. A rebours est la troisième pièce de ce jeune chorégraphe, « pour 4+ (2-1+1) danseurs » comme il se plaît à le dire... et à l’écrire ! Comme les précédentes, un modèle de géométrie spatiale mais, cette fois, inspirée par le célèbre Rubik’s cube, ce fameux casse-tête géométrique à 3 dimensions inventé en 1974 par Emo Rubik, professeur d’architecture hongrois. Jeu qui, depuis, a fait le tour de la planète.

Tout comme les petits cubes qui le composent paraissent pouvoir se déplacer sur toutes leurs faces en ayant l’air libres de toute attache, les danseurs de la « Cie & co » semblent se mouvoir, pivoter et danser en toute indépendance les uns par rapport aux autres. En fait, il n’en est rien. Tout commence insensiblement dans le silence, les 6 danseurs (les six dés de chacune des faces du Rubik’s cube ?) étant alternativement éclairés par un rai de lumière qui les met à tour de rôle en valeur. Instant de concentration et de réflexion qui conduira à leurs déplacements, commandés par  le chorégraphe-joueur, Camille Ollagnier. Leurs attitudes, leurs gestes sont lents, calculés, mesurés, réglés au centimètre près. Une phase peut-être un peu longue mais qui a le mérite de mettre le spectateur en condition, à le sensibiliser au fait que tout geste est minutieusement élaboré, mûrement réfléchi, et qu’il n’y a aucune place ni au hasard, ni à l’improvisation. Et pourtant, l’œuvre donne l’impression d’être construite de façon aléatoire, malgré l’attention patente que se portent les danseurs les uns aux autres. En réalité, il s’agit d’un véritable jeu de construction. Le moindre faux pas et tout s’écroule, l’harmonie se brise. Car c’est bien de cela dont il s’agit. Un mouvement long et continu qui passe comme une onde ou une vague d’un danseur à l’autre, lequel la reprend, la démultiplie, trace des droites, des courbes, des cercles, des ellipses, des figures géométriques de plus en plus sophistiquées mais toujours d’une lisibilité parfaite. Plus ou moins redessinées, réinterprétées en écho par les autres, celles-ci forment un agencement de piécettes séparées par des noirs, autant d’essais - transformés ou non - constitués par des variations qui, bien que parfois décalées, semblent par moments curieusement spontanées, conférant une certaine magie à l’œuvre. Un fort beau travail. 

J.M. Gourreau

A rebours / Camille Ollagnier, Micadanses, 29 mai 2012.

Camille Ollagnier / A rebours / Micadanses / Mai 2012

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