Carlotta et Caterina Sagna / Nuda vita / L'exclusion

 

Photo E. Zeizig-Mascarille 

 

 

Caterina et Carlotta Sagna:

 

L’exclusion

 

 

Nous sommes tous construits sur un même moule et sommes tous imprégnés par le milieu dans lequel nous avons grandi. Nécessairement, ceux et celles qui n’ont pas reçu la même éducation nous regardent de travers, et réciproquement. Même si les affinités rassemblent au départ les hommes, il arrive un moment où les liens se brisent : surviennent alors la séparation puis l’exclusion.

Ce propos n’était pas forcément très apparent dans la dernière création de Caterina et Carlotta Sagna, si bien qu’une partie des spectateurs a été un peu déroutée par Nuda Vita. Cependant, à bien y réfléchir, tous les éléments y étaient, mais pas nécessairement dans un ordre cartésien, le texte étant fragmenté par plusieurs flash-back, d’où la contrainte, pour le public, d’effectuer de nombreux sauts dans le temps. Il faut se souvenir en effet que Carlotta a débuté sa carrière comme comédienne - art qu’elle a pratiqué pendant douze ans - avant de la poursuivre comme chorégraphe. Toutes les pièces de Caterina, d’ailleurs, ont pour base une œuvre littéraire et, lorsqu’elle danse, son corps joue toujours en même temps.

Cela dit, si c’est peut-être la première fois où le texte est aussi prégnant dans leurs pièces, la danse le complète et le renforce admirablement. Au début de l’œuvre, l’entente entre les quatre personnages est parfaite. Les liens entre eux sont puissants, allant de la simple complicité à un amour quasi-maternel. Des images très fortes comme celle de cette jeune fille qui s’accroche successivement aux trois autres comme un bébé singe à sa mère, avant de tomber à terre et d’être foulée aux pieds par ses congénères comme un cadavre. Ce qui en dit long sur la nature des sentiments et de certains états d’esprit de l’Homme vis à vis de l’autre, des autres… On ne sait d’ailleurs rien sur ces quatre personnages : sont-ce des amis, des complices, des frères, des amants ? Peu importe. Ils vivent ensemble dans un microcosme, excluant le reste du monde et semblent partager, du moins au début, les mêmes idées et les mêmes sentiments. Lesquels ne sont pas toujours tendres et peuvent engendrer des actes aussi atroces que le meurtre de la fille des voisins… Mais toutes ces pensées, tous ces actes ne sont-ils pas le fruit des préceptes inculqués par nos parents ou grands parents notamment ?

 

Textes - souvent très crus, voire décapants - et danse, elle-même très violente, s’interpénètrent et se complètent parfaitement. Si cette satire décrit des situations extrêmes, notamment celle d’éliminer les êtres hors norme, la danse qui les accompagne et les enrichit, caractérisée par de petits gestes rapides et nerveux, n’est jamais esthétique, mais profondément ressentie et à la limite de la caricature, le propos étant réellement vécu par le corps. Et, finalement, elle s’avère tout aussi dérangeante. N’était-ce pas précisément le but poursuivi par leurs auteurs ?

 

J.M. Gourreau

 

Nuda Vita / Caterina et Carlotta Sagna, Théâtre de la Bastille, 17 – 25 Novembre 2010

Spectacle présenté dans le cadre du 39è Festival d’automne à Paris.

 

Tournées :

-          Toulouse, Théâtre Garonne, 9 au 12 décembre 2010

-          Belfort, Le Granit, 3 et 4 Février 2011

-          Pau, Espaces Pluriels, 1er et 2 mars 2011

-          Artigues-près-Bordeaux, Le Cuvier, 4 et  Mars 2011

-          Boulazac, Centre Culturel Agora, 8 Mars 2011

-          Vandoeuvre-lès-Nancy, Centre Culturel André Malraux, 15 et 16 Mars 2011

-          Chalon sur Saône, Espace des arts, 3 Mai 2011

-          Cergy-Pontoise, L’Apostrophe, 10 Mai 2011

 

 

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