Carlotta Sagna / Ad Vitam / Tourments

Photos J.M. Gourreau

  Carlotta Sagna :

 

 

 

 

Tourments

 

 

La danse peut parfois s’avérer un excellent complément du verbe pour traduire la pensée et en prendre le relais, comme vient de le démontrer Carlotta Sagna. Ad Vitam est une œuvre intime autant qu’intimiste, née de la lecture des « carnets » de sa mère Anna, réflexion sur le savoir vivre, la vérité, la normalité, la souveraineté, le sens de la vie… Des textes très forts, d’une portée incommensurable, qui conduisent à une réflexion sur le sens de sa propre existence, des pensées philosophiques qui contraignent à se remettre en question… Ces textes qu’elle a faits siens, elle ne pouvait les garder pour elle seule ; il lui fallait les partager, au risque de sombrer dans la folie. Mais les transmettre par la danse dans toute leur subtilité, leur poésie et leur profondeur était chose impossible. Aussi décida-t-elle d’allier les deux arts, de les faire cohabiter, la danse devant exprimer l’émotion intérieure dont elle était étreinte et la poésie, leur profondeur et leur mystère. Le résultat est surprenant.

Le rideau s’ouvre sur une femme seule en scène, un peu paumée, maladroite et gauche, titubante, visiblement mal à l’aise, comme si elle se demandait les raisons de sa présence en ces lieux. Sortant de sa torpeur, elle se plante devant son public et, comme si elle ne pouvait plus garder ce fardeau trop lourd pour elle, lui expose son ressenti par la voix pour le lui faire partager avec lucidité. Monologue poignant, qui la culpabilise, qui la contraint petit à petit à se replier sur elle-même. Des larmes perlent sur ses joues fatiguées. Les mots sont impuissants pour traduire la douleur qui l’étreint. Ils semblent réellement respirés, vécus, recrachés. Elle en égrène quelques uns, juste ceux qui commencent par la première lettre de l’alphabet. Des spasmes l’agitent bientôt, ses lèvres se tordent dans un rictus de souffrance. Elle se dégoûte, se frappe la tête et la poitrine, se flagelle. Est-elle folle ou, tout simplement lucide ? Petit à petit sa raison s’effiloche. L’image de Nijinsky vient hanter nos mémoires. Elle n’est bientôt plus qu’une fleur qui se ferme. Mille et mille choses traversent pêle-mêle son esprit, l’assaillissent. Elle les prend à bras le corps dans un ultime élan de lucidité, les assimile, les trie, les digère, les exorcise mais culpabilise. L’idée de la mort l’effleure. Dès lors les démons qui l’agitaient prennent le dessus, l’invitant à accomplir sa dernière danse, loin à l'écart du public.

 

J.M. Gourreau

 

 

Ad Vitam / Carlotta Sagna, Théâtre de la Bastille, Paris, jusqu’au 11 Mai 2010.

Prochaines représentations : Dublin, Dance Festival, 21 et 22 Mai 2010.

Commentaires (1)

1. Geneviève Ponton 27/06/2010

je voulais vus remettre ce petit texte mercredi dernier mais ce n'était pas le bon moment, le vici par mail. 6 mois plus tard... un grand merci
Pau le 16 décembre 2009
en déséquilibre arrière, vous traversez
le vide
à fleur de mots
tenue par chair de leur secret
l’ombre démultiplie l’écho
de leur intimité
Nous sommes là, suspendus au risque de nous reconnaître.
Vos doigts griffent le vide avant de disparaitre au creux de l’abdomen
dans leurs moignons noués.
dé-figuré
Sous l’arche de lumière, la fuite du temps se poursuit,
l'impuissance nous rattrape, si proche et si vraie.
Je reste là,
le coeur battant
sans répit ni repli.

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau