Carolyn Carlson / Eau / La gardienne des eaux

  

Carolyn Carlson :

 

La gardienne des eaux

 

Photos Frédéric Iovino

 

 

L’eau est un thème récurrent, quasi obsessionnel, chez Carolyn Carlson. Elle est en effet le sujet de plusieurs de ses pièces ou y fait directement allusion. Et si, pour elle, elle est d’abord source de vie, elle est aussi, à l’inverse, une force destructrice d’une puissance incommensurable.

C’est un hymne à l’eau sous toutes ses formes qu’elle nous livre avec ce dernier spectacle,  un voyage dans cet élément évoqué au travers de cinq de ses facettes, l’eau originelle qui donne naissance à la vie, qui est sa source poétique, l’eau mystérieuse et profonde des océans qui engage à la rêverie, l’eau violente, aux vagues dévastatrices, l’eau souillée, dilapidée et, enfin, l’eau qui rafraîchit, qui purifie, qui redonne les forces évanouies.

Créée le 2 avril 2008 à Lille, cette œuvre, ode à la vie au climat onirique et ensorcelant grâce, entre autres, à la très belle partition du compositeur britannique Joby Talbot, n’est peut-être pas une des meilleures pièces de la chorégraphe. Carolyn en effet a voulu y inclure trop de choses, de plus en faisant appel à un panel très important de moyens artistiques : la danse et la musique bien évidemment, mais aussi les décors, la vidéo en direct et la voix. Or, les textes d’Allan Brooks et de la chorégraphe elle-même qui s’était inspiré de Gaston Bachelard, déclamés dans la langue de Shakespeare, n’apportent rien de plus au spectacle, d’autant qu’ils se révèlent incompréhensibles pour une partie du public. En outre, bien qu’ordonnées et classées, les idées traduites par une scénographie souvent très sophistiquée s’interpénètrent, voire se télescopent, engendrant un peu de confusion dans l’esprit du spectateur. Cela n’enlève toutefois rien à la beauté de la chorégraphie, tantôt d’une fluidité et d’une pureté sans pareilles, incitant, comme la musique, à la rêverie et à la mélancolie, tantôt composée de mouvements minimalistes perpétuels saccadés ou vibrants évoquant le va et vient tranquille des vagues et de l’onde qui achoppe sur les pierres du ruisseau. Mais elle peut aussi s’avérer d’une turbulence et d’une violence dévastatrices, nous rappelant les récents cataclysmes de la mer déchaînée sur nos côtes atlantiques.

De très belles images émaillent la chorégraphie, telle celle de ce corps émergeant de l’eau comme d’un cocon évoquant bien sûr la naissance et la pureté originelle ou, encore, de ce miroir au fond de l’eau qui renvoie l’image de l’être qui s’y penche sur les voiles des bateaux se croisant et se décroisant lentement au fond du plateau. La poésie qui auréole cette œuvre est indéniable, incitant le spectateur à réfléchir, à respecter le plus possible cette force vitale précieuse qui enveloppe et qui berce mais qui, en se raréfiant, est aussi source de larmes...

 

J.M. Gourreau

 

Eau / Carolyn Carlson, Théâtre National de Chaillot, Mars 2010.

Voir aussi, dans la rubrique "Analyse de livres" celle de l'ouvrage de Claude Lê-Anh, Carolyn Carlson, Paris-Venise-Paris.

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