Casse-Noisette de Noureev : Un joyau dans un écrin de tristesse / Opéra de Paris

Mélanie Hurel et Christophe Duquesne dans Casse-Noisette

Photo Julien Benhamou

Casse-Noisette de Noureev à l’Opéra Bastille :

 

 

 

 

 

Un joyau dans un écrin de tristesse

 

 

Je m’en suis déjà ouvert à plusieurs reprises : les ballets romantiques, à plus forte raison lorsqu’ils sont issus de contes, n’auront jamais leur place à l’Opéra Bastille. Il est vrai qu’entre deux maux, il faut choisir le moindre. Mais, à tout prendre, j’aurais préféré voir présenté le Casse-Noisette au Palais Garnier, et l’Hommage aux Ballets russes, plus contemporain, à l’Opéra Bastille…

Cela dit, ce spectacle est un vrai régal. Tant pour les fastes de sa mise en scène que pour l’excellence de l’interprétation du corps de Ballet de l’Opéra et de ses solistes. Et pourtant, ce n’est un secret pour personne, la chorégraphie de cette œuvre, comme la plupart des chorégraphies de Noureev d’ailleurs, est truffée de nombreuses difficultés qui rendent ce joyau extrêmement difficile à danser. Et les artistes du corps de ballet, tant au premier qu’au second acte, se sont si bien pris au jeu qu’il n’y eut quasiment aucune faille dans leur prestation, en particulier dans les ensembles : pas une jambe qui ne soit pas dans l’alignement, pas un petit doigt plus haut l’un que l’autre. Remarquable… et remarqué ! J’ai également particulièrement apprécié au premier acte la véracité du jeu des enfants de l’Ecole de danse, leur entrain, leur espièglerie aussi. Quant à Clara, alias Mélanie Hurel dans la version qu’il m’a été donné de voir, elle s’est avérée être une véritable maîtresse de maison, accueillant ses invités dans sa noble demeure comme une grande dame. Un peu moins vraisemblable la charge des soldats de plomb contre les rats, bien vite effacée par ce merveilleux jardin d’hiver digne d’un Raymondo Larrain, au sein duquel évoluaient de frémissants flocons de neige dans un tournoiement d’une rigueur et d’une discipline à nulle autre pareilles…

Le second acte est fait pour mettre en valeur le talent et la virtuosité des interprètes. C’est le prétexte à voyager en rêve dans divers pays lointains. Mais, auparavant, Clara est à nouveau confrontée à un univers de monstrueuses chauves-souris qui ne sont pas sans évoquer les grotesques personnages politiques de la Table verte de Kurt Jooss… Cette vision, très suggestive, s’évanouit bientôt pour faire place à une danse espagnole très enlevée mais manquant peut-être un peu de moelleux. Lui succédait la danse arabe dans laquelle Amélie Lamoureux et Grégory Dominiak firent preuve d’une prestance pleine de mystère qui, toutefois, manquait un peu de naturel du fait des difficultés techniques de la chorégraphie. Même remarque pour la danse russe qui la suivait. En revanche, il faut souligner le brio, l’exceptionnelle prestance et la virtuosité technique de Sébastien Bertaud, Axel Ibot et Samuel Murez dans la danse chinoise, quasiment composée que de sauts qu’ils ont exécutés avec une précision d’horloger. Quant au pas de deux du quatrième tableau entre Clara et le Prince, s’il accentua quelques petites défaillances, bien vite surmontées d’ailleurs, de Clara, il mit surtout en évidence l’allure princière, la fougue, la noblesse et la prodigieuse aisance de Christophe Duquesne qui s’est joué des difficultés concoctées par Noureev avec une déconcertante facilité.

Je ne terminerai pas sans saluer la prestation de l’orchestre Colonne que dirigeait Kevin Rhodes. Résultat : un véritable régal, tant pour les yeux que pour les oreilles, qui fait honneur à cette grande maison.

 

J.M. Gourreau

 

Casse-Noisette /

Noureev, Opéra Bastille, Paris, Décembre 2009.

 

Noureev, Opéra Bastille, Paris, Décembre 2009.

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