Caterina Sagna / Bal en Chine / Le péril jaune

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Ph. L. Philippe

Caterina Sagna :

 

La phobie du péril jaune

 

 Contrairement à ce que l’on pourrait croire à la lecture du titre, Bal en Chine n’est ni un clin d’œil à Mister B., ni une surprise-partie se déroulant en Chine… mais une réflexion sur un sujet qui, pour certains, est presque devenu une phobie, à savoir la peur qui nous étreint face à l’invasion éventuelle d’une grande puissance capable d’anéantir notre culture et de nous ravir notre liberté. Ce n’est certes pas un hasard si Caterina Sagna a pris la Chine pour exemple. Mais ce pourrait tout aussi bien être l’Amérique, la Russie ou le Japon…

La pièce, une comédie burlesque dansée sur un texte de Roberto Fratini Serafide, se déroule dans la petite cour intérieure d’un immeuble misérable, puits central où l’intimité de chacun est exposée au regard des autres. Des dissensions parfois aussi violentes que crues s’en suivent, accentuées par la difficulté de communication linguistique. S’y côtoient cinq personnages de nationalités différentes qui ne semblent avoir pour seul but dans l’existence que celui de s’épier et de critiquer les faits et gestes de son voisin. Les rumeurs vont bon train sur un fond de racisme sous-jacent. Les quiproquos qui en jaillissent évoquent l’installation d’une prétendue chinoise au rez-de-chaussée de cet immeuble : celle-ci va bien vite devenir le souffre-douleur fictif des autres tout en les réunissant dans leur différence. Se rendant petit à petit compte de leur méprise, ils tentent tour à tour de se substituer à elle dans un imbroglio inextricable qui les confrontera à leur folie.

Ce sujet, certes non dénué d’intérêt, est magistralement traité au début de l’œuvre, tant par le texte que par la danse avec un humour cinglant qui montre comment la peur, sous l’influence néfaste des autres, peut s’infiltrer petit à petit dans notre subconscient. De très beaux pas de deux faisant pendant à la comédie mettent en avant les différentes relations qui étreignent les protagonistes de la pièce, que ce soit la colère, l’exaspération, la jalousie, la complicité, la haine ou, même, la sensualité et l’amour. L’histoire se construit et se déconstruit au fil du temps mais elle s’embourbe peu à peu dans une multitude de clichés politico-socio-culturels qui finissent par perdre et lasser le spectateur. Dommage car, raccourcie d’un bon quart d’heure sur sa fin, cette pièce, magistralement interprétée, aurait été un vrai régal…

J.M. Gourreau

 

Bal en Chine / Caterina Sagna, Théâtre de la Bastille, du 22 au 26 avril 2013.

Caterina Sagna / Bal en Chine / Théâtre de la Bastille / Avril 2013

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