Catherine Diverrès / Echo / Regards sur le passé

Catherine Diverrès :

Regards sur le passé

 

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 Echo / Ph. J.M. Gourreau

Catherine diverres 1Des images fortes, d’une grande violence, parfois insoutenables, lourdes de sens. Celles de guerres, de fin du monde. Accolées à d’autres, plus douces, plus humaines, fascinantes, d’une incommensurable beauté. Des images que l’on n’oublie pas, que l’on ne peut oublier. Depuis quelque temps déjà, Catherine Diverrès se sentait le besoin de revisiter son passé, de laisser une trace indélébile de son art aux jeunes générations de chorégraphes et de danseurs, de sauver de l’oubli des instants qui pourraient bien ne jamais être à nouveau dansés. Et puis, n’y avait-il pas aussi de manière sous-jacente, la volonté de transmettre l’enseignement qu’elle avait reçu de ses maîtres, entre autres Kazuo Ohno, et de tous les philosophes qui l’ont guidé tout au long de son existence d’artiste, qui lui ont appris à réfléchir sur la destinée humaine, sur le sens de la vie mais également sur ses turpitudes ? Ainsi d’ailleurs que sur les beautés et la fragilité de la Nature que, consciemment ou inconsciemment, l’Homme s’ingénie petit à petit à détruire… N’y avait-il pas enfin le désir de voir la résonance de certaines de ses anciennes pièces dans le monde d’aujourd’hui ?

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Echo / Ph. J.M. Gourreau

Créé en décembre 2002 dans le cadre du Festival de danse de Cannes, Echo n’a jamais eu l’heur d’être présenté en région parisienne. Cette œuvre revisite en fait quatre des productions les plus prégnantes du passé de la chorégraphe, L’arbitre des élégances (1986), L’ombre du ciel (1994), Fruits (1996) et Corpus (1999), toutes des pièces qui ont marqué son trajet durant la fin du XXe siècle. Réminiscences d’instants passés, d’évènements vécus, souvent tragiques, et qui amènent à la réflexion car ils nous concernent tous. Il ne s’agit toutefois pas d’un regard nostalgique sur le passé mais plutôt d’un spectacle hors du temps, d’un livre de souvenirs que l’on est invité à feuilleter, d’un livre paraphé d’images fulgurantes, en suspension, qui s’effacent, souvent avant même que l’on ait pu les assimiler. Reflets d’une âme tourmentée empreinte de mysticisme dont les neuf interprètes s’emparent à l’unisson, comme un seul corps, pour en faire rejaillir la force avec une puissance décuplée.

Pas d’histoire donc, mais un ordonnancement de pensées et réflexions traduites par le geste, réappropriées, voire sublimées par les danseurs, lesquels s’en sont accaparés chacun selon sa propre sensibilité, offrant au public d’aujourd’hui un spectacle bien sûr assez différent de celui créé dix ans auparavant, la prise de conscience et la mentalité des interprètes n’étant plus les mêmes. En outre, l’absence de décor - à l’exception peut-être de quelques effets, apanages du scénographe Laurent Peduzzi, entre autres ce superbe sol cuivré qui définit l’espace et l’unifie tout à la fois, et de cette fracture cataclysmique du sol, symbolisée par une traînée de terre séparant le plateau en deux parties, que l’on avait pu voir dans l’Ombre du ciel - contraignait le spectateur à reléguer toute son attention sur la force du mouvement et l’expressivité des danseurs. On ne peut évidemment s’empêcher de songer aux guerres qui sévissaient à l’époque au Liban et en Yougoslavie, à la survenue d’une troisième guerre mondiale, à la destruction à petit feu de l’humanité et, par là même, de la Nature qui lui a été allouée en gage de sagesse. Une atmosphère à la Goya, hors du temps, au sein de laquelle surgissent cependant quelques moments poétiques de pure tendresse, les étreintes devenant peu à peu une lutte physique empreinte d’une grande violence.

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Echo / Ph. Nicolas Joubard

 

Mais tout n‘est pas que noirceur et désespoir. Certes, l'homme chute mais se relève. Notre humanité est faite de fragilité et de force, de singularités et d’unité, de ruptures et de continuité, d’oppositions, de transformations, de résistance, d’abandon… Il faut saluer l’engagement, la passion et la force de tous les danseurs, spécialement les plus anciens, Thierry Micouin, Capucine Goust, Pilar Andres Contreras et Rafael Pardillo qui ont su communiquer aux plus jeunes leur énergie et la galvaniser. Un bel élan de solidarité et de fraternité qui fait écho et contrebalance ces temps de confinement et de restrictions généralisées dus à la pandémie de la COVID-19, que d’aucuns d’ailleurs, à l’image des dix plaies d’Egypte, considèrent comme un châtiment divin.

J.M. Gourreau

Echo / Catherine Diverrès, spectacle vu à huis-clos à la MAC de Créteil le 29 janvier 2021.

 

Catherine Diverrès / Echo / Maison des arts de Créteil / Février 2021

Commentaires (1)

Amy Swanson
  • 1. Amy Swanson (site web) | 12/03/2021
Mille merci pour tout ton trajet dans ces pages de réflexions sur les présentations de danse que tu vois, que tu capte en mots et en photos. Tu sais mettre ton humanité et faible pour la danse et les chorégraphes qui y œuvrent. Merci plus particulièrement ce soir, pour ton regard sur le beau travail, l’œuvre recent de Erika Zueneli. J’ai adoré rentrer dans l’univers qu’elle crée et partager avec elle ces moments de dévastation.
Merci aussi pour l’éloge juste et profond de Catherine Diveres. Elle est grande et on ne la voit pas assez.
Tu nous aide, nous du métier et aussi grand public d’amateurs de la danse, à garder traces avec tes mots ciselés et sincères et tes belles photos/témoignes de ta présence précieuse.
Love, Amy

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