Catherine Diverrès / Encor / La nécessité de transmettre

 Encor / N. Joubard

Catherine Diverrès :

 

La nécessité de transmettre

 

Ses spectacles sont toujours aussi riches qu’énigmatiques. Jamais d’argument, mais une danse fragile, intemporelle, précieuse et épurée, souvent basée sur une réflexion philosophique, pleine de références. Une danse qui interpelle, qui pose des questions sans nécessairement en donner la réponse. Encor ne faillit pas à la règle. Cette œuvre a germé au moment où la chorégraphe quittait le CCN de Rennes, alors que Guy Darmet, qui lui passa commande de la pièce, s’apprêtait lui aussi à quitter la Biennale de Danse de Lyon. Une séparation sans doute difficile, tout comme celle que venait de vivre Catherine Diverrès. D’où la crainte suspendue comme l’épée de Damoclès de devoir abandonner et de tout perdre, mais aussi l’espoir d’arrêter le cours du temps, de prendre un nouveau départ pour perpétuer la mémoire, laisser une trace, un héritage. Ce qui explique une œuvre difficile à déchiffrer, composée de fragments accolés, superposés, voire décousus, puisés dans la totalité du parcours de la chorégraphe, sans apparente continuité logique.

A bien y réfléchir, Encor qui, bien évidemment, est issu du mot « encore », porte en lui de multiples sens, au premier chef desquels la nécessité de recommencer, de refaire, de re-présenter… Cela sous-tend et implique le désir et la force de repartir plus fortement, plus vite et plus loin pour partager et transmettre un maximum d’éléments dans un laps de temps le plus bref possible, pas nécessairement dans un ordre rigoureusement prédéfini mais au fur et à mesure de leur réminiscence. Ainsi, les époques se mélangent et se télescopent. Ainsi, peut-on voir les cygnes du Lac côtoyer des danseurs du 18ème en robe à panier et marquise poudrée. Ainsi peut-on entendre les aboiements obsédants d’un chien de garde prêt à mordre pour illustrer une variation, ce qui pourrait paraître incongru… C’est peut-être aussi ce qui explique un vocabulaire volontairement répétitif sur une musique elle aussi souvent répétitive et, surtout, le fait que chaque danseur ou groupe de danseurs évolue dans un espace-temps qui lui est propre. Dans un tel contexte, le spectateur qui est livré à lui-même peut laisser son esprit vagabonder librement à travers l’œuvre, et chacun y trouvera des choses vraisemblablement différentes, proches ou plus éloignées de la pensée et des souvenirs de la chorégraphe. Et s’il reste toujours quelques points d’interrogation, ce spectateur repartira malgré tout en ayant l’impression d’avoir pu lever un petit coin du voile de mystère qui auréolait la chorégraphe pour parvenir à l’orée de son âme.

 

J.M. Gourreau

 

Encor / Catherine Diverrès, Théâtre National de Chaillot, Novembre 2010.

 

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