Catherine Diverrès / Stance II et Ô senséï / La force de l'immatérialité

 

 

 

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Photos J.M. Gourreau

 

 

Catherine Diverrès :

 

La force de l’immatérialité

 

 

Catherine Diverrès occupe une place un peu particulière dans le paysage chorégraphique d’aujourd’hui car sa danse est empreinte d’une immatérialité que l’on ne trouve généralement pas chez les chorégraphes occidentaux actuels, qu’ils soient européens ou américains. Le solo Stance II interprété par Carole Gomes, une des danseuses qui travaille avec la chorégraphe depuis plus de quinze ans maintenant, en est la preuve tangible : créée en 1997 par la chorégraphe elle-même sur le poème de Pasolini La terra di lavoro, cette œuvre, très représentative de l’art de Diverrès, s’avère un bref voyage d’un personnage hors du temps dans le monde des vivants, à l’image de l’œuvre que nous a laissée son maître Kazuo Ohno, l’un des fondateurs - avec Tatsumi Hijikata - du butô. En 1982 en effet, Catherine Diverrès et Bernardo Montet partent pour un an au Japon pour suivre l’enseignement de ce maître: c’est à l’issue de ce séjour que verra le jour la première chorégraphie de Catherine, Instance. Son parcours sera dès lors marqué par l’influence de Kazuo Ohno qui affirmait que la danse ne pouvait être basée sur le sentiment, la pensée, ou l'instinct et ne devait jamais en contenir… Que restait- il alors ? La réponse tient en un mot : l’âme…

Stance II est donc une œuvre immatérielle dans laquelle le personnage qui danse est fantomatique, au sens propre du terme. Et c’est cela qui fascine : Carole Gomes, à laquelle la chorégraphe a transmis son solo, ne semble être qu’une apparition fugitive, un être irréel, un esprit ayant revêtu l’apparence humaine. Elle est là sans être là, surgissant des ténèbres comme une apparition mystérieuse qui hante les lieux avec un calme et une sérénité mais aussi une fragilité qui subjuguent, qui envoûtent, qui captent irrémédiablement l’attention. Ses mains sont le reflet de son âme, d’une douceur infinie. Son voyage terminé, elle rejoindra tout aussi subrepticement le royaume des morts, comme elle en était venue, dans la quiétude et la paix, tout en prenant l’apparence primesautière d’un feu follet.

D’une autre veine mais tout aussi forte et tout aussi empreint de surréalisme distordu par une touche d’expressionisme allemand, Ô senseï, un solo en hommage à Kazuo Ohno, qui évoque aussi bien l’homme que son œuvre, en particulier son incarnation dans le personnage de La Argentina. Le butô peut être considéré comme une représentation de la vie après la mort, ou comme une « sorte de trait d’union entre le monde des morts et celui des vivants, » selon l’expression de Catherine Diverrès. Œuvre de contrastes, Ô senseï est, elle aussi, un passage qui, partant de l’évocation de la vie oppressante et tourmentée de l’Homme sur terre, s'achève dans le calme et la sérénité de l’au-delà. Un voyage aux contrastes saisissants qui débute d’une façon extrêmement brutale et agressive par le tonnerre assourdissant et les accents déchirants de la partition de Keiji Haino, figeant la danseuse – Catherine Diverrès elle-même – dans une immobilité hiératique. Toute l’horreur et les cataclysmes ayant secoué notre monde au cours des temps se retrouvent magistralement symbolisés en quelques minutes par la puissance de cet univers sonore. Le passage qui s’en suit, transition de la mort vers la renaissance, est évoqué d’une manière aussi originale et judicieuse qu’inattendue par la projection d’une succession dansée d’images en négatif sur un écran au fond du plateau. Et puis, Catherine réapparait éthérée mais très habitée, en robe rouge pourpre (couleur symbolisant le bonheur au Japon), évoquant le célèbre solo de Kazuo Ohno incarné en Argentina, solo qui reste à jamais gravé dans la mémoire de ceux qui ont la chance de pouvoir le contempler en juin 1986 à l’Espace Kiron à Paris ou en septembre de la même année au Théâtre de la Ville. Un être d’une bonté infinie, qui passait entre les éléments, passionné par les multiplicités de la vie.

J.M. Gourreau

 

Stance II et Ô senséï / Catherine Diverrès, Centre National de la Danse, Pantin, du 23 au 25 mai 2012, dans le cadre des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-St Denis.

 

 

 

 

Catherine Diverrès / Stance II et Ô senséï / CND Pantin / Mai 2012

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