Catherine Gaudet / Je suis un autre / Etre et paraître

mg-2829.jpgmg-2920.jpgCatherine Gaudet : breveon466-c-gaudet.jpg

Ph. Julie Artacho

Etre et paraître

 

Sommes-nous vraiment nous-mêmes lorsque nous sommes en société ? N’y a t’il pas, sous la multiplicité des couches qui nous recouvrent, un autre être, bien différent de celui qui apparaît à l’autre, aux autres ? Sous des apparences trompeuses forgées par notre éducation, n’y a t’il pas des instincts réprimés, des élans maîtrisés tant bien que mal et qui ressurgissent de temps à autre à la surface ? « Je suis une zone ambiguë et floue, matière en devenir », nous dit Catherine Gauchet.

Œuvre étrange qui a le pouvoir de mettre son public mal à l’aise, Je suis un autre met en scène les contradictions entre nos instincts primaires et ce que nous pensons être ou voulons paraître. Nos pulsions profondes, souvent réfrénées, finissent toujours à un moment ou un autre par ressortir. Sur scène donc, deux personnages, un homme et une femme, allongés au sol, comme deux bébés sur une couverture, poussant de petits cris perçants, jouant l’un à côté de l’autre en toute innocence. Bien vite cependant, cette candeur fait place à des enlacements qui n’ont plus rien de naïf, et l’on prend alors conscience que des pulsions animales plus ou moins coupables, plus ou moins brutales, apanage de l’adolescence, se sont substituées aux jeux innocents de l’enfance. Mais, qu’en dira t’on ? Les nuages qui apparaissent à l’horizon viennent ternir les ébats amoureux, les entachant d’un zeste de suspicion, brisant net ce qui aurait pu être une entente parfaite. Surgissent alors des comportements ridicules qui naissent de la peur de ne pas être dans les cordes, dans le moule forgé par la société, générant des pulsions de colère irraisonnées et non maîtrisées : « Je t’ai tout donné, mon argent, mon amour... Que te faut-il encore ? » Un état suspicieux malsain qui passera de l’un des protagonistes à l’autre, générateur d’une gestuelle sauvage, débridée mais cependant très musicale. Et le « Je suis une vraie princesse », leitmotiv maladif et qui sonne faux sera déclamé dans le seul et unique but de justifier ses comportements. L’incompréhension engendrée est à l’origine d’une véritable crise de nerfs chez l’être le plus fragile, débutant par de l’anxiété et des hoquets pour se poursuivre par des tremblements incoercibles, des démangeaisons brutales et inexplicables puis par une prostration qui dérange, déstabilise, incommode car du domaine de la folie mais l'on s'attache à ces deux personnages. Là encore cependant, le paraître devra reprendre le dessus, les états intérieurs ne devant jamais être livrés en public, et l’œuvre se terminera dans un climat de sérénité - mais d’amour factice - comme s’il ne s’était jamais rien passé.

J.M. Gourreau

 

Je suis un autre / Catherine Gaudet (Québec), Théâtre de Vanves, Salle Panopée, 5 mars 2013, dans le cadre d’Artdanthé.

Catherine Gaudet / Je suis un autre / Théâtre de Vanves / Mars 2013

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