Cédric Andrieux - Jérome Bel / Lecture démonstration

 

Photo Cédric Andrieux

Cédric Andrieux – Jérôme Bel :

 

 

 

 

 

Lecture – démonstration

 

Le procédé n’est pas nouveau : Véronique Doisneau s’y était essayée avant lui. Evoquer son parcours par un long monologue entrecoupé de quelques trop courts instants de danse n’est pas forcément passionnant pour un public qui vient précisément pour voir de la danse. Cela peut en effet paraître monotone, voire carrément ennuyeux. Pour ne pas dire « chiant », comme il le dit lui même avec lucidité. Mais Cédric Andrieux est un être d’une rare intelligence et d’une grande perspicacité. S’il se met en avant, ce n’est pas du tout par prétention, bien au contraire. Eut-il été une vedette, son histoire aurait pu passionner les foules. Mais tel n’est pas le cas, et il le sait. Or, il évoque ses qualités et ses défauts sans emphase, avec beaucoup d’humilité et une grande simplicité. C’était peut-être très émouvant mais l’intérêt de ce one man show résidait davantage dans le fait que le vécu de cet artiste mettait en cause celui d’autres personnages, Merce Cunningham entre autres, avec lequel il a travaillé pendant 9 ans. Et c’est réellement à ce moment que ce travail apporta une certaine nouveauté car il devenait le témoignage vécu et évoqué clairement, sans ambages, d’un passé pas si éloigné mais dévoilant quelques unes des facettes de ce maître, forcément inconnues du public. Rien d’exagéré dans son propos, seulement une petite pointe d’amertume dans l’évocation de quelques uns des moments passés dans sa compagnie, la leçon quotidienne par exemple – redonnée à titre démonstratif pour le public – laquelle resta rigoureusement immuable durant toutes les années que cet artiste passa dans la célèbre troupe. Plusieurs danseurs français ont d’ailleurs eu la possibilité, pour ne pas dire la chance, de prendre cette leçon : ils le confirment tous : cette évocation extrêmement précise leur rappelait ces moments émouvants où ils s’étaient trouvés confrontés au chorégraphe et aux danseurs de la compagnie.

Replacée dans son contexte, l’œuvre prend cependant une toute autre dimension. Ce solo devait en effet être présenté à Merce Cunningham pour son anniversaire. Il nous a malheureusement quitté avant d’avoir pu le voir. La pièce reste dès lors un témoignage vivant, livrant au public le fondement et la rigueur de l’enseignement de Cunningham, lequel a sans doute permis aux danseurs de notre génération de sortir du carcan imposé par le classicisme, d’envisager avec lucidité et clairvoyance d’autres voies pour l’art de Terpsichore, entre autres l’expérience du mouvement pour lui-même, sans argument et, même, la « non danse » telle que pratiquée par un Jérôme Bel par exemple. A travers ce travail, Cédric Andrieux a osé dire avec véracité et naturel - peut être non sans innocence - ce que les autres n’avaient encore jamais osé, envisageant l’œuvre artistique au-delà des pas, au-delà même du danseur. Il fallait quand même le faire…

 

J.M. Gourreau

 

Jérôme Bel – Cédric Andrieux, Théâtre de la Ville, Paris, Décembre 2009.

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