Christian et François Ben Aïm / L'ogresse des archives et son chien / Les contes de notre enfance ne sont plus ce qu'il étaient

2-img-6157-arthur-pequin.jpg

img-8078-estelle-brugerolles.jpg

 

 

 

  Photo A. Pequin                                                        Photo E. Brugerolles

 

 

 

 

Christian et François Ben Aïm :

 

Les contes de notre enfance ne sont plus ce qu’ils étaient…

 

 

Le petit chaperon rouge n’est plus l’enfant sage et timoré des contes de notre enfance. Sous la baguette magique des frères Ben Aïm, il s’est en effet transformé en sale gamin colérique et voleur, s’enfuyant sur un mini vélo comme s’il avait le diable à ses trousses pour s’en prendre un peu plus tard à la hache d’un bûcheron… Quant à la Belle au bois dormant, allongée sur un lit d’hôpital psychiatrique, elle ne se réveille pas sous le baiser d’un prince mais sous les dents de six loups plus affamés les uns que les autres. Et tout à l’avenant. On nage en plein délire surréaliste, dans un univers onirique qui, bien que sombre et inquiétant, ne fait pas réellement peur ; un monde entre rêve et réalité, où la cruauté supplante l’innocence, un monde féroce et ambigu où règnent parfois le calme et la détermination mais aussi la violence, la terreur et la souffrance, et dans lequel, bien sûr, nous nous retrouvons ; un monde symbolisant les perpétuels changements et agressions que nous vivons, évoquant aussi et surtout les deux faces de l’Homme, Dr Jekyll et Mister Hyde.

Le point de départ de cette œuvre se trouve dans une courte pièce que Christian Ben Aïm avait créée en 2008, Louves, et qui nageait tout autant dans l’univers des contes, mettant déjà en scène le petit Chaperon rouge sur un mini vélo. Un solo onirique et fort plaisant qui abordait aussi la question de la métamorphose. Mais ici, les chorégraphes sont allés plus loin, prenant le parti de montrer la noirceur de l’âme humaine lorsque la raison nous quitte, sous l’emprise de l’alcool notamment, comme on peut s’en rendre compte à l’issue de la pièce. Tout devient désormais possible, le pire comme le meilleur, et l’œuvre peut alors se lire comme une mise en garde contre les abus et la débauche.

Sur le plan théâtral, la construction de la pièce est remarquable, faisant appel à tous les arts du spectacle, théâtre et danse bien sûr, mais aussi cirque et cinéma, ce pour accentuer son côté kafkaïen. Les interprètes, en majorité des hommes « afin de renforcer le décalage et créer un univers où virilité et douceur s’entremêlent(1)», qu’ils soient danseurs ou circassiens, s’avèrent des comédiens hors pair, tous parfaitement à l’aise dans leur rôle. La mise en scène, bien que sophistiquée, est conçue pour s’adapter à tous les types de plateau et met parfaitement en valeur dans une nacelle deux remarquables musiciens, la violoncelliste Mathilde Sternat et le chanteur - percussionniste Bruno Ferrier, qui interprètent avec brio la partition de Jean-Baptiste Sabiani créée pour la circonstance. Une réflexion sur la condition humaine donc, pas du tout anodine, très actuelle, finalement pas si surréaliste que cela malgré son titre, et qui nous donne à réfléchir, tant sur nos comportements que sur nos actes.

 

J.M. Gourreau

 

L’ogresse des archives et son chien / Christian et François Ben Aïm, Choisy le Roi, Théâtre Paul Eluard, 18 mars 2012.

 

(1)    : C. et F. Ben Aïm, in texte du programme.

ber11100822.jpgimg-7518-estelle-brugerolles.jpg

 

 

Ph. P. Berger         Ph.  E. Brugerolles

 

 

 

Prochaines représentations :

-  Fontenay-sous-bois, Salle Jacques Brel, 12 avril 2012

-  Colombes, 15 et 16 mai 2012.

Christian et François Ben Aïm / L'ogresse des archives et son chien / Choisy le Roi / Mars 2012

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau