Christian et François Ben Aïm / La légèreté des tempêtes / Dans le firmament de la nuit

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Photos F. Jovino.
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Christian et François Ben Aïm :

Dans le firmament de la nuit

 

La légèreté des tempêtes, dernière née des créations de Christian et François Ben Aïm, ne procède cette fois ni des contes de fées ni du domaine de l'enfance. C'est au contraire une œuvre abstraite qui puise son essence dans le désir de s'élever et l'élan vital qui nous anime. Le rideau s'ouvre en effet sur trois visages émergeant de la pénombre, comme flottant dans le ciel étoilé de la nuit. Image aussi fascinante qu’irréelle qui se dissipe à l’instant où la lumière déchire les ténèbres, laissant apparaître trois violoncellistes, chacun juché sur un piédestal amovible atteignant presque les cintres. Côté cour, un quatrième homme sort de la pénombre : c’est un chanteur-percussionniste qui égrène d’entrée de jeu les notes suaves et chaudes d’un lamento envoûtant. Tandis que les violoncelles prennent le relai, quatre danseurs, surgis d’on ne sait où, entament une danse qui semble faire écho à la musique sans, toutefois, s’en imprégner ni la suivre pas à pas mais plutôt exprimer son non-dit, la prolonger. Contrairement à leur habitude, les chorégraphes ont commandé cette partition à Jean-Baptiste Sabiani avant l’élaboration de l’œuvre dansée et ont adapté leur propos à sa musique en évitant de l'illustrer. A certains moments cependant, on avait l'impression d'une lutte entre les deux arts, tant la tentation de se laisser embarquer par la musique devenait prégnante. Il en résultât une sorte de joute contagieuse qui se traduisait sur scène par des fractures dans les enchaînements mais aussi par de voluptueuses arabesques, des disparitions inopinées de certains interprètes suivies de leur réapparition comme dans un jeu de cache-cache, des transpositions d'enchaînements, voire de phrases chorégraphiques entre les danseurs. Un travail tout en finesse et légèreté issu des émotions émises par le jeu des instrumentistes générant un dialogue, un élan vital qui se répercutait dans une autre dimension, celle de la verticalité, magnifiée cette fois par la scénographie imaginée par les frères Ben Aïm. En effet, outre le dispositif scénique dévolu aux musiciens naviguant entre terre et ciel, cette dimension se retrouvait concrétisée dans certains passages comme celui où l'on pouvait voir Christian Ben Aïm se mirer dans la lumière de la lune qui était descendue de la voûte céleste pour le rejoindre ou, encore, dans le costume du chanteur-percussionniste Bruno Ferrier, lequel, pour la circonstance, avait revêtu une tenue d'aviateur et un panache en plumes de faisan... Une pièce chorégraphique pleine de vitalité, opposant légèreté et puissance, dont on a peut-être du mal à saisir toutes les subtilités si l'on n'en possède pas toutes les clés mais aussi une œuvre d'une grande sensibilité et d'une non moins grande charge émotionnelle dont l'origine est bien évidemment à rechercher dans la composition musicale de Jean-Baptiste Sabiani.

J.M. Gourreau

La légèreté des tempêtes / Christian et François Ben Aïm, Théâtre de Rungis, 5 février 2015.

Christian et François Ben Aïm / La légèreté des tempêtes / Théâtre de Rungis / Février 2015

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