Christian Rizzo / L'oubli, toucher du bois / Ce que la mort nous dit

        

                    

Photos Marc Domage

Christian Rizzo :

 

 

 

 

 

Ce que la mort nous dit

Est-ce sa propre mort qu’il a souhaité mettre en scène dans sa dernière création, L’oubli, toucher du bois ? En tous les cas, il a dû longuement y penser, car l’œuvre toute entière ne fait que l’évoquer, du début à la fin. Et, comme le dit Rizzo lui-même dans le programme, « toutes mes pièces sont sous-tendues par une dramaturgie autobiographique, comme un fil conducteur qui, avec le temps, devient de plus en plus visible ». Le rideau s’ouvre sur une pièce dans laquelle règne un désordre indescriptible. Dans un coin, un vieil homme embobine lentement un fil : on comprendra vite que c’est celui de sa vie qui, coupé à son extrémité, ne laissera que peu de répit à son détenteur, juste celui de voir peu à peu disparaître les objets éparpillés dans cette chambre. Or, ce qui est surprenant, c’est que tous ces objets que l’on déménage, un aspirateur, un tréteau, un escabeau, une plante verte… sont précisément ceux qui meublaient les précédentes pièces du chorégraphe…

Si ce premier volet suggère bien la mort, les deux autres, plus subtils, plus immatériels, plus mystérieux aussi, évoquent la fugacité et la précarité de la vie, le passage vers un autre monde, mais également l’espérance de la renaissance. Images éphémères et inquiétantes, hantées par l’omniprésence de la mort, personnage tout en noir, ombre silencieuse mais pesante, dominatrice, régentant les faits et gestes tant des vivants que du spectre du défunt enfermés dans ces lieux. Une sorte de cage tout en bois brut, à la fois maison chaleureuse et… cercueil baignée par la musique bourdonnante ponctuée de quelques notes au piano de Sylvain Chauveau.

Si les corps se frôlent, se soutiennent, se laissent porter comme des poids morts, ils sont néanmoins toujours solitaires, constamment absents. La chorégraphie est souvent minimaliste, parfois répétitive, très intériorisée. La scénographie en revanche prend une part importante, créant un univers surréaliste évoquant celui de Chirico. Une œuvre qui interpelle par son propos grave et angoissant mais qui met mal à l’aise car elle contraint à toucher du doigt des instants que l’on voudrait oublier.

 

J.M. Gourreau

 

L’oubli, toucher du bois / Christian Rizzo, Théâtre de la Ville, Mai 2010.

 

 

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