Christian Rizzo / Le bénéfice du doute / Ode funèbre

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                                                                                                Photo Marc Domage

Christian Rizzo :

 

Ode funèbre

 

Plus de narration ni d’argument, plus de cadre non plus : avec Le bénéfice du doute, Christian Rizzo prend un nouveau virage ou, plutôt, ses distances avec ses œuvres précédentes, peut-être pour ne pas s’enfermer dans un système. Plus rien à voir en effet avec L’oubli, toucher du bois, œuvre sophistiquée dans laquelle il cloitrait ses danseurs dans une boîte, avec musiciens, décors et moult accessoires… Ici, il leur rend au contraire la liberté, les livre à eux-mêmes, les oblige à se confronter avec le vide le plus total, la peur du néant, pour laisser leurs énergies parler. Le naturel, dans ce cas, veut que l’on se regroupe puis, lorsque le courage reprend le dessus, que les plus forts s’enhardissent et se détachent par deux avant de se rassembler à nouveau et de s’interpénétrer … Leitmotiv de corps qui se couchent au sol, roulent et se relèvent sur un plateau phosphorescent, sous le regard absent de leurs doubles, misérables pantins inanimés pendus dans les cintres. Ombres furtives qui apparaissent, se disloquent et disparaissent comme par magie sous les lumières de Caty Olive. Formes qui prennent vie et qui tantôt coulent, tantôt se cabrent sous les accents de la musique électronique de Robin Rimbaud, alias Scanner. Il faut se laisser pénétrer par ses vibrations pour rester en osmose avec les danseurs, au risque de s’évader vers un autre monde.

Bien que le chorégraphe ait revendiqué le fait de se départir de tout décor et accessoire pour retrouver la plasticité et la pureté originelles de la danse, il a tout de même laissé traîner un fil d’Ariane auquel va se raccrocher le spectateur. Ces sept poupées de chiffon, en fait les doubles des danseurs, ne sont pas de simples objets décoratifs destinés à leur faire pendant dans un souci d’harmonie spatio-temporelle. Tout le jeu des artistes sur scène consiste en effet à les choyer, les chérir comme s’il s’agissait de leur progéniture. Et, à l’issue du spectacle, lorsqu’un martèlement cataclysmique de plus en plus prégnant semble annoncer la fin de leur monde, ne vont-ils pas être alignés au sol les uns à côté des autres comme des cadavres par leurs doubles encore vivants avant de disparaître à jamais dans le néant ?

J.M. Gourreau

 

Le bénéfice du doute / Christian Rizzo, Théâtre de la Ville, 30 Janvier-1er Février 2012

Christian Rizzo / Le bénéfice du doute / Théâtre de la Ville / Janvier 2012

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