Christian Rizzo / Une maison / Ainsi va la vie

 

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Christian Rizzo :

Ainsi va la vie

 

C rizzo une maison 1Pour Christian Rizzo, une maison, c’est certes un refuge, un abri que l’on ébauche après mûre réflexion, un lieu bien à soi que l’on édifie et que l’on aménage avec soin à son goût pour y vivre et où l’on imprime sa marque ; mais pas seulement. C’est autant un observatoire de la vie, un lieu de mémoire et de transmission, qu’un lieu d’accueil et de partage, avec les autres et pour les autres, car la destinée de l’Homme n’est pas de passer toute son existence dans la solitude. Et si c’est avant tout un site de rassemblement et d’échanges où l’on vaque avec bonheur à ses occupations, où l’on reçoit ses proches, où l’on cohabite avec sa famille et ses amis, un lieu de confidences où se tissent des liens, des amitiés, des amours, où se concrétisent des passions charnelles, où évoluent ses fantômes, c’est aussi dans un tel lieu que peuvent se fomenter rancœurs et colères, inimitiés, séparations et vengeances.

 

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Photos Marc Domage & Max Resdefault

C’est tout cela que le chorégraphe nous fait vivre par le truchement de quatorze danseurs qui évoluent entre un sol organique et une imposante architecture polyédrique spatiale, futuriste, composée de poutrelles tubulaires articulées, inspirée de la triangulation du mathématicien russe Boris Delaunay, et qu’il a lui-même conçue. Un mouvement perpétuel d’histoires éclatées ou imbriquées, présentes ou passées, dans lesquelles, d’ailleurs, chacun peut se retrouver, et qui nous sont narrées sous la forme de duos, trios ou groupuscules obéissant aux pulsions de la musique répétitive de Pénélope Michel et de Nicolas Devos. Des images qui naissent et se concluent dans un univers dépouillé mais d’une très grande beauté plastique, vibrant et dialoguant avec les lumières tantôt scintillantes, tantôt grésillantes de Caty Olive. Un plateau seulement occupé par un immense tas de terre ocre, autant matériau de construction que terre arable, fertile et nourricière, laquelle sera répandue à la pelle sur la scène tout au long du spectacle avant d’être foulée et labourée par les pieds des danseurs, comme pour effacer les traces de leur passé. Un harmonieux va-et-vient perpétuel de personnages, réels ou imaginaires, qui glissent, tournicotent, s’enlacent et se repoussent, enveloppés par les jets lumineux stroboscopés des néons. Comme à son habitude, Christian Rizzo, très inspiré par le nô et le Bauhaus, joue sur les contrastes et les oppositions entre l’ensemble et les fragments, embarquant, pour finir, tout son petit monde dans une bacchanale infernale, une danse macabre qui les conduira bien évidemment à leur perte et au retour à la terre qui les a vus naître. La vie n’est finalement qu’un éternel recommencement...

J.M. Gourreau

Une maison / Christian Rizzo, Théâtre National de la danse Chaillot, du 27 au 29 février 2020. Spectacle également donné dans le cadre du Théâtre de la Ville hors les murs.

Œuvre créée sur la scène du Théâtre Bonlieu à Annecy le 5 mars 2019.

 

Christian Rizzo / Une maison / Théâtre de Chaillot / Février 2020

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