Christine Gérard et Raphaël Cottin au Théâtre de Vanves, dans le cadre du festival Art.Dan.Thé, Février 2006.

Raphaël Cottin :

 

                                                                                                                                Douceur et sérénité

 

La représentation sur scène du corps dépouillé de sa peau est quelque chose qui ne peut laisser indifférent, même lorsqu’il ne s’agit que d’un costume : soit l’aversion étreint le spectateur, soit au contraire la curiosité domine, et l’on s’interroge sur les motivations de celui qui le porte. Pourquoi exhiber ainsi crûment la chair, les muscles, les tendons ? Les célèbres « écorchés » de Fragonard et, notamment, cet enfant disséqué monté sur son cheval lui aussi délesté de sa peau, conservés au musée de l’Ecole Vétérinaire d’Alfort, sont avant tout des pièces anatomiques destinées aux carabins ; mais leur réalisation et leur étonnant état de conservation en font des œuvres d’art aussi prodigieuses que fascinantes. Le but que poursuivait Raphaël Cottin dans The man I love était cependant tout autre, ce dépouillement pouvant également être pris dans le sens de transformation, métamorphose. A bien y réfléchir, si l’être sur scène avait souvent l’apparence d’un écorché, il pouvait aussi ressembler à un monstrueux insecte aux yeux et aux antennes nettement reconnaissables, la pénombre laissant deviner le reste. Ce costume, qui mobilisait l’attention du fait de son côté surréaliste, pouvait aussi évoquer certaines peintures de Verlinde, peintre contemporain dont certains personnages ne sont représentés que par une enveloppe de bandelettes, leur corps étant invisible. Une symbolique relevant sans doute de la même préoccupation, la quête d’une identité nouvelle et l’évacuation de l’ancienne.

Il est intéressant de savoir que cette œuvre est une re-création, la première version ayant été présentée un vendredi Saint il y a deux ans à l’église St Eustache à Paris dans une optique un peu différente puisque la pièce était une évocation du chemin de croix : si le chorégraphe s’était placé dans la peau du Christ, sa partenaire, vêtue de noir, incarnait un soutien, peut-être Marie-Madeleine. Dans cette nouvelle version, la compagne, désincarnée, semble jouer un rôle similaire. Voilà donc une œuvre fort intéressante du fait de sa symbolique, de plus fort bien dansée.

Ces qualités se retrouvaient dans la pièce suivante, Quel est ce visage, un solo de Christine Gérard dont Raphaël Cottin a été l’élève durant de nombreuses années. Une œuvre percutante, à l’écriture simple et pleine de symbolique elle aussi, construite sur le Stabat Mater de Vivaldi autour de masques conçus par le plasticien Jean-Pierre Schneider.

Même douceur, même tendresse avec la dernière pièce du programme, M’aime dans la nuit, une autre création de Raphaël Cottin inspirée par le travail et la vie du photographe Bernard Sellier, d’ailleurs présent sur scène. Cet artiste, qui se bat depuis une vingtaine d’années contre le sida, était proche de la mort quand le chorégraphe fit sa connaissance, et une grande amitié est née de leur rencontre. Ce véritable élan du cœur, construit par petites touches, est réglé dans un espace réduit de 23 m², la superficie exacte du studio du photographe. Les interprètes, Pétulia Chirpaz, Raphaël Cottin et Bernard Sellier, évoquent avec beaucoup de pudeur et de tendresse certains des épisodes de la vie de cet artiste dont on pouvait d’ailleurs admirer quelques œuvres dans le hall du théâtre. A remarquer les splendides contre-jours de Georges Delerue auréolant la pièce d’un mystère d’autant plus fascinant qu’à certains moments privilégiés, la lumière faisait ressortir le pathos des visages en les caressant doucement. Mais l’intérêt de ce ballet résidait essentiellement dans son écriture d’une grande finesse, dans laquelle on retrouvait la griffe de ses maîtres, Christine Gérard et Daniel Dobbels.

 

                                                                                                                                                                 J.M. Gourreau

 

The man I love et M’aime dans la nuit / Raphaël Cottin,

Quel est ce visage ? / Christine Gérard,

 

Théâtre de Vanves, dans le cadre du festival Art.Dan.Thé, Février 2006.

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