Christine Gérard / Le temps traversé / Voyage au cours du temps

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Photos J.M. Gourreau

Christine Gérard :

Voyage au cours du temps

 

C’est un solo plein de finesse et de poésie auquel nous a convié Christine Gérard, un solo en cinq séquences qui pourraient être un essai autobiographique si ce n’est que cette traversée au cours du temps a pour point de départ la Marche pour la cérémonie des Turcs de Jean-Baptiste Lully, pièce extraite du Bourgeois gentilhomme, une musique sur laquelle, il est vrai, nul chorégraphe ne résiste à l'envie d’esquisser quelques pas de danse. Mais, pour Christine, pas question de l’utiliser dans son sens historique: elle avait en effet été créée pour accompagner le couronnement de Monsieur Jourdain en Mamamouchi, farce dans laquelle Molière se gaussait de l'orgueil et de l'afféterie de ce bourgeois. Bien au contraire, Le temps traversé s’avère une œuvre sans prétention aucune, calme et mesurée, à l’image de son auteure, et dont la musique a été utilisée en tant que passage pour se rendre d’un lieu à un autre, pour se glisser ou s'envoler d’un thème à l'autre, pour amener une autre danse. Cinq lieux et univers bien différents qu’elle a mis en parallèle avec les tableaux de la photographe-vidéaste Isabelle Lévy-Lehmann et dans lesquels elle va, par instants, s’incruster. Tous, bien sûr, ont trait à certains évènements de sa vie, épisodes qu’elle a, curieusement, cherché à traduire et symboliser par le port d’un costume différent, vêtements qu’elle a portés ou porte encore régulièrement, empreintes qui vont lui servir de prétexte à l’évocation d’un souvenir qui lui tient à cœur.

La première marche avec, en fond, la parure de feuilles d’un robinier, s’avère la réminiscence d’une promenade dans un jardin labyrinthique, celui de Versailles peut-être, qui traduit son penchant pour les beautés de la nature, entre autres à l’époque de la chute des feuilles à l’automne. La seconde séquence, toujours sur la même marche, est une œuvre plus intimiste qui révèle la volupté qu’une femme peut éprouver à l’idée de mettre une robe ou de s’en dévêtir, offrant au spectateur des images d’une grande pudeur mais aussi d’une incommensurable beauté, images prolongées par une marche d’un très grand romantisme sur le sable de la plage de son enfance noyée dans la grisaille. La troisième séquence, sur le même leitmotiv et toujours accompagnée par les images d'Isabelle Lévy-Lehmann, met en scène une vision plus banale et moins romantique de la vie, celle d’une marche dans la rue sous la pluie avec glissades et chutes auxquelles sans doute elle s'est trouvée confrontée. Atmosphère empreinte de monotonie et d'une certaine tristesse que l'on retrouve par la suite sur un trottoir où la danse, "farandole de lignes brisées, se multiplie comme dans un miroir".  

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Portrait d'Anita Berber par Otto Dix

La séquence sans doute la plus intéressante est la dernière, celle de la robe rouge, inspirée d'un tableau d'Otto Dix, le portrait de la danseuse de cabaret Anita Berber. Une créature d'une beauté fascinante qui, au début du siècle dernier, incarna la gloire et la misère de son époque. Elle mourut en 1928 de la tuberculose dans l'étreinte de la douleur et l'ombre du scandale, en laissant flotter derrière elle le parfum d'une icône. Là encore un solo inspiré par une robe extraordinaire dont on assiste à la reconstruction par la couturière Catherine Garnier sur l'écran, à son essayage et son ajustage sur la scène avec ses soubresauts et ses ruptures. Un évènement fascinant.

J.M. Gourreau

Le temps traversé / Christine Gérard, Micadanses, Paris, 14 juin 2016.

 

Christine Gérard / Le temps traversé / Micadanses / Juin 2016

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