Claire Jenny / Chairs (de) femmes / Histoires de femmes

Claire Jenny :

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Photos P. Berger

 

 

 

Histoires de femmes

 

S’il est aujourd’hui un sujet de prédilection des chorégraphes, c’est bien celui de la condition féminine : Chairs (de) femmes en est un nouvel exemple. Au travers de cette œuvre, Claire Jenny évoque, en sept ou huit séquences, quelques uns des évènements marquants de la vie de la femme façonnée par la société, depuis l’évocation de son corps dans ses diverses dimensions jusqu’aux entraves à la liberté, en passant par la sexualité et le viol.

Quatre femmes aux personnalités différentes mais complémentaires vont ainsi évoluer dans une société banale où le « Qu’en dira t’on » est omniprésent, dans un univers où le regard de l’autre influe sans cesse sur le comportement, empêchant l’individu de s’épanouir, lui dictant sa conduite, l’amenant à la perte de sa spontanéité et, finalement, à une forme d’esclavage. Or, ces modifications de nos comportements qui, d’ailleurs, varient au fil du temps, sont induites par notre civilisation et nous acheminent vers le besoin de nous fondre dans un moule commun, d’éviter l’originalité et la singularité, ce vers quoi nous mènent tout droit les médias, télévision et presse féminine en tête. Tout cela nous imprime des idées plus ou moins fausses et nous conduit à des réflexes pas toujours judicieux qui finissent par nous robotiser.

Les différentes séquences de cette pièce, judicieusement mises en scène et interprétées avec une grande conviction, isolent, font ressortir et exacerbent des sentiments ordinairement enrobés dans un contexte qui les noie et auxquels, de ce fait, on ne prête pas nécessairement attention. Ainsi peut-on  aisément retrouver des allusions non déguisées à la mode (jeans, chaussures), et à l’esthétisme (crèmes adoucissantes pour la peau, bourrelets graisseux déformant la silhouette, miroirs grossissants, chirurgie réparatrice), à la religion (port du voile), à la nutrition (boulimie), au sport ou, encore, à la grossesse. Thèmes qui préoccupent trop souvent la femme et lui pourrissent la vie mais qui, au sein de cette œuvre, donnent lieu à des figures d’une grande beauté et des moments d’une rare intensité. Le dernier sujet abordé, celui de la sexualité, s’avère particulièrement préoccupant. A une époque où tout doit aller de plus en plus vite, le temps consacré au plaisir - notamment sexuel, - au bien être et à la jouissance du corps se réduit comme une peau de chagrin. Constat alarmant mais non moins réel de la transformation du corps féminin en machine à jouir de plus en plus vite, donc de moins en moins profonde et de moins en moins intense…

J.M. Gourreau

 

Chairs (de) femmes / Claire Jenny, Le Vent Se Lève, Paris, 26 et 27 octobre 2012.

Claire Jenny / Chairs (de) femmes / Le vent se lève Paris / Octobre 2012

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