Clara Furey / Dog rising / Montée en puissance obsessionnelle

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    Photos J.M. Gourreau

 

 

 

Clara Furey :

Montée en puissance obsessionnelle

 

Clara furey credit guillaume simoneauPeu connue en France, la chorégraphe canadienne Clara Furey s’était déjà produite à la Cartoucherie dans le cadre des "June Events " avec  Cosmic love en juin 2019 : une pièce au sein de laquelle cohabitent diverses énergies, une pièce autour de représentations intuitives et poétiques de phénomènes physiques, exacerbant le réveil des sens. Elle nous revient aujourd’hui avec Dog rising, une création chorégraphico-musicale dans laquelle "des corps célestes lancés en orbite, vibrent dans un rituel lascif et hypnotique", création qui questionne à nouveau la radiance des corps, clôturant la recherche de son autrice sur la tension et l’immobilité. Un spectacle qui débute toutefois de façon un peu mièvre mais qui a l’heur de monter en puissance lors de son développement.

En fait, lors du préambule de l’œuvre, une litanie sur le thème de l’amour dans la langue de Shakespeare est déclamée pendant une bonne dizaine de minutes par une lectrice dont le visage apparaît sur un écran, côté jardin, alors que la traduction française du texte qu’elle livre au public s’affiche sur un autre, côté cour. Durant ce long prologue auréolé de rouge, trois danseurs, indifférents les uns aux autres, s’ébattent sur le sol. Leur gestuelle est lente et semble peu chargée de sens : elle n’est, en tout cas, pas réellement en osmose avec le texte… Une entrée en matière donc fort propice à l’ennui, il est vrai mais qui, cependant, a l’heur de plonger dans la réflexion le spectateur en quête d’éventuelles émotions pouvant émaner des interprètes sur le plateau, l’engageant à se questionner sur son propre ressenti. Recherche d’autant plus prégnante que le public ne dispose malheureusement d’aucun programme ni d’élément propice à le guider dans sa réflexion... Est-ce une volonté délibérée de la part de la chorégraphe ou un simple choix de la part de la Production, peut-être dans le but de contribuer à la protection de la nature ? Quoiqu’il en soit, il n’est pas vraiment souhaitable de larguer le spectateur dans les gradins d’une salle de spectacle sans lui avoir proposé au préalable quelques éléments pour guider son attention durant la représentation à laquelle il se propose d’assister. Même si le but recherché est d’octroyer une large place à son imaginaire, d’éviter de trop l’influencer afin de lui laisser la liberté de vivre pleinement  les émotions qui peuvent surgir dans son esprit… Ce, d’autant que Clara Furey étant encore peu connue du public français, sa recherche n’était pas une évidence pour tous. Toutefois, ce qui est apparu au fil du spectacle, c’est que la musique qui l’accompagnait y tenait un rôle au moins aussi important que la chorégraphie. Et c’est la réelle osmose entre ces deux éléments qui a permis aux spectateurs de sortir de leur torpeur et de prendre alors un réel intérêt à la pièce.

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Clara Furey est une artiste issue des Ateliers de danse moderne de Montréal. Elle a également fait des études de piano, de solfège et d’harmonie au Conservatoire de Paris ; aussi la musique prend-elle une importance capitale dans ses créations. Elle a le pouvoir de faire vibrer les corps, non seulement les chairs mais aussi les os, de révéler leur vécu à l’image d’un échographe qui permet de visualiser les diverses structures de l’organisme avec des ondes ultrasonores de haute fréquence, de les faire entrer en résonance. Cette conjugaison danse-musique-espace permet à la chorégraphe d‘écouter ce qu’ont à dire ces corps qu’elle guide, de mettre en exergue les fragments poétiques qui les animent, d’explorer leur vécu et les paysages intérieurs qui les exaltent. Tout son art consiste à les mettre progressivement en évidence, à les extérioriser et à les transcrire en vibrations puis en pulsions obsessionnelles qui vont peu à peu animer leurs postures contemplatives. A ce moment là seulement, elles stimulent un éveil sensoriel dans le public et, par leur répétitivité alliée à la montée en puissance de la musique à l’instar du Boléro de Ravel, prennent possession de celui-ci jusqu’à l’envoûter. Un plaisir spontané "fluctuant comme une vague" émerge alors du corps des interprètes, éclaboussant les spectateurs subjugués.

J.M. Gourreau

Dog rising / Clara Furey, Atelier de Paris CDCN, La Cartoucherie, Vincennes, 15 et 16 octobre 2021. Création le 26 mai 2021 à Montréal  (Canada) dans le cadre du festival Trans-amériques.

 

Clara Furey / Dog rising / Atelier de Paris CDCN / Octobre 2021

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