Claude Brumachon / D'indicibles violences / Une humanité primitive

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Photos J.M. Gourreau

Claude Brumachon :

Une humanité primitive

Il est fidèle à lui-même, débordant d'une énergie difficilement canalisable. Depuis son départ de Nantes il y a un peu plus d'un an d'ailleurs, Claude Brumachon est partout, de Limoges, son port d'attache, à Genève en passant par Madagascar et le Chili, mais aussi Cannes, Bordeaux, Paris et même Nantes, donnant des cours, des stages, des spectacles. Son dernier passage dans la capitale date de 2014 au musée Zadkine où il présentait Les Exilés au milieu des sculptures de cet artiste. Créé à Biarritz en 2012, D'indicibles violences n'est pas une œuvre violente au sens propre du terme mais plutôt primitive et sauvage. Pas réellement d'argument ni de thème d'ailleurs mais la pièce met en avant l'animalité profonde qui enfièvre les corps des danseurs, qui touche à l'intime: "on est avant le désir", dit Brumachon, et la mise en tension de l'être profond des interprètes engendre une mise en image d'eux-mêmes, plus exactement de leur animalité, qui les pousse à exprimer certains sentiments refoulés au fond de leur subconscient. L'œuvre, soulignée par une partition de circonstance de Christophe Zurfluh est crue, tellurique, volcanique, tribale, à fleur de peau ; la gestuelle est épurée ; le temps est en permanence suspendu.

P1170860P1170866P1170879 copieEn fait, comme nombre de pièces précédentes de ce chorégraphe, la gestuelle est issue de l'observation de la nature, plus précisément, pour ce ballet, des Grands Causses, que ce soit des paysages ou des êtres qui y vivent. Rappelons que le compagnon de Claude Brumachon, Benjamin Lamarche, est également un ornithologue hors pair et que les formes animées de la nature sont une source inépuisable d'inspiration pour la création de mouvements chorégraphiques plus originaux les uns que les autres. Paradoxalement, il en résulte un spectacle où les danseurs se trouvent dans l'urgence, où les corps bouillonnants sont déformés, voire soumis à des décharges et des pressions chtoniennes qui semblent ne jamais devoir prendre fin. Ils les assument tout en cherchant à s'y soustraire mais sont rattrapés par des mouvements aussi impulsifs qu'instinctifs qui les engagent dans un tourbillon infernal, et le semblant d'humanité qui sourd de certains d'entre eux parvient à prendre corps. Enfin, il faut souligner la performance de certains danseurs, Benjamin Lamarche en particulier qui, à 56 ans, s'avère toujours capable d'exécuter avec une maestria ahurissante une gestuelle aussi acrobatique que sophistiquée. Voilà à nouveau une œuvre qui, bien qu'un peu linéaire, fait autant honneur à ses interprètes qu'à son auteur.

J.M. Gourreau

P1170881D'indicibles violences / C. Brumachon, MPAA St Germain, Paris, 15 et 16 Mars 2017.

 

Claude Brumachon / D'indicibles violences / Paris / Mars 2017

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