Claude Brumachon / Les exilés / Brumachon donne vie aux statues de Zadkine

Brumachon les exiles3 laurent philippeBrumachon lesexiles2 laurent philippeBrumachon lesexiles 4 laurent philippe

Photos L. Philippe

.

Claude Brumachon:

Brumachon donne vie aux statues de Zadkine

 

Deviendrait-il coutumier du fait ? Cela fait en effet la troisième fois que Claude Brumachon et sa compagnie investissent les salles d'un musée, avec beaucoup de bonheur, il faut le souligner. Le 2 mai 2003 en effet, il créait Ecorchés vifs au Musée Bourdelle à Paris, œuvre qui sera d’ailleurs à nouveau présentée, voire recréée durant une toute petite semaine en juin 2012 avec un immense succès. Un parcours déambulatoire onirique au cœur de l'œuvre du sculpteur qui immortalisa Isadora Duncan et Nijinsky. L'idée n'était d'ailleurs pas nouvelle car, en 1991, ce chorégraphe avait déjà créé Eclats d'absinthe au sein des bains de Mulhouse, une pièce inspirée de leur atmosphère et de leur architecture. Et, la même année, il montait Nina ou la voleuse d'esprit à l'occasion de l'exposition de l'avant-garde russe au Musée des beaux-arts de Nantes, ville qui abrite aujourd'hui le Centre Chorégraphique National dont il partage la direction avec son compère et ami de toujours, Benjamin Lamarche.

Cette fois, ce n'est plus le Musée Bourdelle qu'il « envahit » mais le Musée Zadkine, un tout petit mais charmant musée inauguré en 1982 et situé dans un havre de verdure en plein cœur de Paris, à proximité du jardin du Luxembourg. Bien peu de gens le connaissent car son entrée, masquée par une allée coincée entre de hauts immeubles, est fermée par une grille en fer forgé étriquée et peu avenante. En fait, ce fut à cet endroit que vécurent et travaillèrent le sculpteur russe et sa compagne, Valentine Prax, pendant presque 40 ans. 70 œuvres y sont aujourd'hui exposées tels des joyaux dans quelques écrins, en l'occurrence 6 petites salles de plain-pied qui les abritent.

C'est au sein de ce petit paradis que Brumachon a choisi d’établir un dialogue entre la sculpture et la danse, anticipant et prolongeant les attitudes figées du sculpteur. Ici, pas question de parcours ou de cheminement comme c’était le cas au Musée Bourdelle mais plutôt d’introspection au cœur de chacune des œuvres monumentales réparties dans les différentes salles et les deux parties du jardinet. Fusion des corps de chair et de pierre tout en en saisissant l’essence, plongeon au sein de la vie de l’artiste et de sa pensée… Et là, il faut dire que le chorégraphe a trouvé chaussure à son pied car les formes anguleuses et cubistes créées par Zadkine se répondent et font on ne peut mieux écho à celles impétueuses et tourmentées du chorégraphe. Le public est invité à déambuler comme bon lui semble, tant dans le jardinet que dans les salles d’exposition, devant certaines pièces au pied desquelles ont été installés des sortes de tatamis sur lesquels évoluent les danseurs. Celui-ci peut tout à loisir se laisser tantôt guider par la danse et ses reflets, tantôt par la sculpture et ses transparences, tantôt par la musique toute en nuances de Christophe Zurfluh. C’est peut-être dans ce jardin que l’on retrouve le mieux l’esprit du sculpteur fasciné par les tourments de la nature et ses arbres tortueux dont les branches, souvent entremêlées, ont donné naissance à ces œuvres pleines d’une émotion touchante, hautement caractéristiques de son style et de son art. Par leur approche, les danseurs, mi chair, mi-pierre, invitent le public à tourner autour de ces sculptures, à les détailler, à en extraire la poésie tout comme eux-mêmes les font vibrer. Une danse carrée, pleine de force et de joie de vivre mais aussi de lyrisme et de liberté.

J.M. Gourreau

Les exilés / Claude Brumachon, Musée Zadkine, Paris, du 11 au 21 juin 2014.

Claude Brumachon / Les exilés / Musée Zadkine Paris / Juin 2014

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau