Compagnie Interface / Vive la vie / La force de la persuasion

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Compagnie interface :

La force de la persuasion

 

La danse étincelle parfois là où l’on ne l’attend pas, tout particulièrement dans le dernier spectacle, Vive la vie, pluridisciplinaire de la compagnie suisse "Interface"(1). Il s’agit du quatrième volet de la pentalogie intitulée Les âges de la vie, présenté en alternance jusqu’au 29 avril 2020 au théâtre de la Gaîté Montparnasse à Paris. Un tel titre cependant aurait pu nous mettre la puce à l’oreille, mais il était difficile d’imaginer que cette représentation doive essentiellement son succès à l’art lyrique et à la danse. Un spectacle haut en couleurs, évoquant l’évolution progressive des modes d’existence depuis le début du siècle passé jusqu’à nos jours. Certes, la fée électricité a révolutionné la vie dans les campagnes, de même que l’eau courante, par le truchement des barrages. Et ce, dans tous les pays du monde. Certes, ces révolutions ont facilité la vie mais elles ont aussi progressivement distendu, voire dissocié les liens entre les familles, éloigné les parents de leurs enfants. Le progrès a, certes, des bons côtés mais aussi, malheureusement souvent, un impact négatif sur une foultitude d’autres choses, liées à la vie dans la nature et avec elle, entre autres. Le message est clair et net. Sans ambigüité aucune. Ces artistes savent le faire passer non seulement par le texte - lequel d’ailleurs ne tient que peu de place dans l’œuvre - mais aussi par la musique et la voix, la danse et les arts du cirque. Et bougrement bien d’ailleurs, je me dois de le souligner !

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                     Photos Christophe Lautrec

L’histoire nous embarque au tournant des XIXème et XXème siècles, aux fins fonds d’une vallée reculée des Alpes, suisse peut-être. Des paysans en costume d’antan, lesquels évoluent au fil du temps, vaquent à leurs occupations quotidiennes avec naturel et gaieté. Ils semblent en parfaite harmonie avec la nature. Mais ne voilà t’il pas que leur calme et leur tranquillité sont bouleversés par l’intrusion, dans leur havre de paix, de la mécanisation de l’agriculture et par la mise en œuvre inéluctable sur leurs terres de chantiers dévastateurs, de construction de barrages ? Et, finalement, pourquoi ne profiteraient-ils pas, eux aussi, de cette technologie en marche et ne joueraient-ils pas ce jeu qui, comme on le verra, les conduira à la séparation de leur famille et à son malheur ?

Voilà un sujet fort bien mise en scène, avec des moyens relativement réduits. On pourrait croire que tous les interprètes sont soudés comme les membres d’une seule et même famille, en tous cas parfaitement convaincus de leurs propos. Deux d’entre eux cependant se détachent du lot, Géraldine Lonfat(2) et Florence Dalayrac. La première est la chorégraphe et l’une des interprètes de la compagnie, composée de sept artistes, danseuses bien sûr mais aussi chanteuses de chœur, voire, pour Joseph Viatte, un tantinet magicien. La seconde est une artiste lyrique à la voix d’une pureté et d’un timbre étonnants. La chorégraphie de Géraldine Lonfat, qui a également participé à la mise en scène aux côtés d’André Pignat, est forte, empreinte d’une très belle énergie, parfois acrobatique, en tous cas superbement interprétée. Peut-être relève t’elle davantage de la danse de caractère et de la danse folklorique que de la danse contemporaine. Quoique…

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Ce qui émerge également du lot, c’est la partition d’André Pignat(3), superbement magnifiée par la voix de Florence Dalayrac, mezzo-soprano lyrique d’une très grande sensibilité, laquelle s’est emparée à merveille de cette partition sans texte signifiant ni langage réel, jouant sur les onomatopées, la rendant de ce fait universelle. La musique d‘André Pignat et de Johanna Rittiner, en grande partie lyrique, est, elle aussi, parfaitement adaptée au propos, aussi bien champêtre, mélancolique qu’électrisante quand il le faut. Voilà donc un spectacle inclassable, touchant et engagé, qui interpelle une fois encore, sur un certain aspect négatif de l’évolution générée par les récentes technologies, lesquelles ne nous permettent pas toujours sereinement de mieux vivre ensemble… Mais ne nous en étions pas déjà aperçus, nous aussi ?

J.M. Gourreau

Vive la vie / Compagnie Interface, Spectacle collectif présenté en alternance au Théâtre de la Gaîté Montparnasse à Paris depuis le 18 janvier 2020 jusqu’au 29 Avril 2020. Spectacle créé en 2017 à l’occasion des 20 ans de la société ESR.

(1) La Compagnie interface a vu le jour en juin 1990 sous l’égide de Géraldine Lonfat, Nathalie Zufferey et André Pignat, tous trois, aujourd’hui encore, membres de la troupe. En 1999, celle-ci crée son propre théâtre à Sion. Depuis cette date, elle a monté plus de 15 spectacles, certains d’entre eux ayant été présentés en off et nominés (prix du public 2014) au Festival d’Avignon. Cette troupe tourne un peu partout dans le monde, en Europe bien évidemment mais aussi en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud.

(2) Géraldine Lonfat est une chorégraphe et danseuse suisse née à Sion (Suisse) en 1966. Co-fondatrice de la compagnie Interface, elle est aussi fondatrice du Théâtre "Interface" de Sion et du Théâtre "Balcon du Ciel" de Nax (Suisse). Elle est l’auteure d’une quinzaine de chorégraphies, et titulaire de nombreux prix, notamment au Free Festival d’Amman en Jordanie en 2019.

(3) André Pignat, cofondateur d'Interface, compagnie de danse impliquée dans le monde culturel valaisan, est aussi co-fondateur du Théâtre "Interface" de Sion et du Théâtre "Balcon du ciel" de Nax, ainsi que créateur et directeur du Festival international du Balcon du Ciel .

 

Compagnie interface / Vive la vie ! / Théâtre de la Gaîté Montparnasse Paris / Février 2020

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