Cunningham / Nearly 90 / Théâtre de la Ville

                                                                                                                      

 

 

 Photos Anna Finke

 

Merce Cunningham :

 

Sérénité, sensualité et liberté

 

 

Il n’avait plus rien à prouver et s’est laissé aller. Or, tout s’enchaîne et coule avec un naturel, une évidence inouïes. Une fluidité à nulle autre pareille, malgré la complexité de la chorégraphie. Durant une heure trente, le public reste scotché à son fauteuil. Un final d’une beauté éblouissante de par la chaleur, le rayonnement qui s'en exhale. Emporté par le mouvement parfois hypnotique des danseurs, le spectateur est sans cesse ramené de la scène à ses pensées. Et toujours des surprises. Si le style de Cunningham et ses mises en scène, totalement aléatoires, nous sont désormais familiers, Nearly 902 - une œuvre créée alors qu’il approchait de ses 90 ans - comporte encore des innovations, tel ce couple de danseurs qui tombe dans les bras l’un de l’autre ou ces corps qui s’efforcent, durant quelques instants, de rester face au public tout en dansant.

Un calme, une sérénité incroyables se dégagent de cette pièce, sensations curieusement accentuées par la musique qui, pourtant, suivant l’habitude du chorégraphe, est plaquée sur la danse. Cependant, un certain rapport s’établit entre elle et les danseurs, parfois enveloppés par les sons. Une sorte d’osmose naît alors entre le public et les interprètes et, lorsque l'on perd son attention, c’est pour se demander comment les danseurs parviennent à retenir leurs enchaînements sur une telle durée car rien n’est là pour les guider ou les diriger. C’est alors que l’on se rend compte de l’extraordinaire performance dont ils font preuve car il leur faut compter, encore et encore, sans aucun droit à l’erreur…

Nearly 902 a été créé dans la grande salle de l’Académie de Musique de Brooklyn le 16 avril dernier, le jour même de l’anniversaire du chorégraphe, avec un décor tout à fait inhabituel, en l’occurrence une impressionnante tour de métal de 8 tonnes que l’on n’a malheureusement pas pu voir à Paris. Mais elle ne faisait nullement défaut, la prestation des danseurs se suffisant à elle-même. Et pour nous comme pour eux, c’était un hommage vibrant au grand maître qui lui était rendu sur ce plateau. Pour la première fois en effet depuis sa première prestation sur la scène du Théâtre de la Ville en 1972, Merce Cunnigham n’était plus avec eux. Il les avait quitté le 27 juillet.

 

J.M. Gourreau

 

Nearly 902 / Merce Cunningham, Théâtre de la Ville, Paris, Décembre 2009.

 

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