Dada Masilo / Carmen / Une Carmen au caractère bien trempé


 

.

Carmen dada masilo john hogg 1Carmen dada masilo 09 john hogg 2

.

.

.

.

.

.

.

Carmen dada masilo john hogg 01Carmen dada masilo 16 john hogg

Carmen dada masilo 07 john hogg

Photos John Hogg

.

.

.

 

.Dada Masilo :

Une Carmen au caractère bien trempé

 

Voilà une chorégraphe qui n'a pas froid aux yeux et qui ose dire en face ce qu'elle a à dire. Sans aucun détour. En l'occurrence que les hommes sont tous des machos… On le savait déjà, me direz-vous, mais régler ses comptes avec la gent masculine en parodiant la Carmen de Mérimée a de quoi nous laisser pantois. Une Carmen - alias Dada Masilo elle-même - en robe rouge sang, le crâne rasé mais aguichante à souhait, d'une sensualité et d'une roublardise inouïes, qui ne va pas mourir sous la dague de Don José mais qui va être violée sauvagement sous nos yeux... Une scène théâtrale magistralement amenée, d'un réalisme saisissant mais d'une violence difficilement soutenable, qui clôture un ballet très enlevé, mêlant avec beaucoup de bonheur flamenco, danse contemporaine et danse zoulou. Bien évidemment concoctée avec clairvoyance et discernement par une femme moderne, exubérante, libérée, qui ne se revendique pas rebelle mais manipulatrice et qui "aime raconter des histoires dans lesquelles les gens peuvent se retrouver". Une impertinence qui emporte l'adhésion et conquiert tous les publics, d'autant qu'elle est servie par une chorégraphie signifiante d'une grande richesse, parfaitement adaptée au propos et brillamment interprétée par des danseurs de haut niveau, forgeant de ce fait un ballet "de caractère" comme on aimerait en voir plus souvent.

Puissance d’un propos dont il faut rechercher la justification dans les origines de la chorégraphe. Dada Masilo est née il y a une petite trentaine d'années à Soweto, dans la banlieue noire de Johannesburg, là où il faut lutter pour survivre, là où il ne fait pas bon être une femme. Sauf si l'on a un caractère bien trempé, la force de ruer dans les brancards et, surtout, une bonne dose de courage pour défier les règles désuètes de la société, ce à quoi elle s’emploie sans coup férir et qui, sans doute, motive son existence. Adulée dans son pays, cette grande dame de la danse a fait sa première apparition à Paris en novembre 2011 au Théâtre des Bouffes du Nord avec un solo, The bitter of Rosemary, dans lequel elle révélait la vulnérabilité d'Hamlet. On la retrouve en 2012 au Musée du quai Branly puis l'année dernière en septembre au Théâtre du Rond-Point avec un Swan lake iconoclaste dans lequel le prince Siegfried préfère un homme à Odette... Après avoir triomphé à la Biennale de danse de Lyon, ce même théâtre du Rond-Point la réinvite cette année avec sa relecture de Carmen (la première version datant de 2009), une œuvre poignante, d'un dynamisme et d'une énergie étonnantes, qui ne peut laisser personne indifférent.

J.M. Gourreau

Carmen / Dada Masilo, Théâtre du Rond-Point, Paris, du 10 décembre 2014 au 10 janvier 2015.

Autres représentations:

- Annecy - Beaulieu,  20 et 21 janvier 2015, 

- Besançon, 24 et 25 janvier 2015,

- Oyonnax, 27 janvier 2015,

- Alès, 3 et 4 février 20 15,

- Toulon, 6 et 7 février 2015,

- Mâcon, 10 et 11 février 2015,

- Aix-en-Provence, 13, 14 et 15 février 2015.

 

Dada Masilo / Carmen / Théâtre du Rond Point / Décembre 2014 - Janvier 2015

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau