Dave St Pierre et Alex Huot / Fléau / Eloge de l'homosexualité

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Photos Dave St Pierre

 

 

Dave St Pierre et Alex Huot :

Eloge de l’homosexualité

 

Il faut de tout pour faire un monde et les arts du spectacle sont là pour en montrer toute l’ampleur et la diversité. Le canadien Dave St Pierre est précisément un de ces artistes hors normes, iconoclaste au sens propre du terme, en marge de notre société. Mais le regard qu’il porte sur celle-ci  est très juste, même si ce qu’il évoque peut déplaire, voire choquer. Et il ne s’en prive pas. Ce qu’il a à dire, il ose le dire franchement, crûment, sans prendre de gants. Sans être réellement choquantes, ses évocations sont souvent à la limite de ce que l’on a envie de voir et de ce que l’on peut supporter. Car cet  artiste se complait à créer des remous et secouer les tabous. C’est d’ailleurs pour cela que ses aficionados se rendent (en courant…) à ses spectacles, juste pour se rendre compte des limites que ce diable d’homme a encore bien pu franchir. Un désir malsain ? Pas tant que cela car, finalement, ses propos nous ouvrent les yeux sur des réalités dont nous n’avons pas toujours conscience, lesquelles, d’ailleurs, peuvent aller jusqu’à nous culpabiliser. C’est un fait que ses convictions ne nous laissent, il est vrai, jamais indemne.

Son dernier spectacle, Fléau, confirme une réputation non usurpée : Dave St Pierre, on le sait, est un homosexuel acquis à la cause, et ce, jusqu’au bout des ongles. C’est entre autres ce propos que le chorégraphe et son ami Alex Huot ont choisi d’évoquer pour nous*. Justement pour montrer que l’homosexualité, qui n’est pas encore universellement admise au sein de notre société, tant s’en faut, est tout de même universellement répandue. Et qu’elle doit avoir droit de cité partout. Seulement, il n’y est pas allé de main morte, même s’il en révèle les facettes les plus touchantes telles l’amour envers son compagnon, l’immense détresse et l’impuissance de l’Homme face à la maladie, l’attention et les soins que l’un des partenaires du couple peut prodiguer à son condisciple en cas de déficience ou de besoin. Cependant, il aurait pu  aussi utiliser un langage à demi-mot pour exprimer les pulsions parfois incoercibles qui agitent ces hommes, ce qu’il n’a nullement cherché à faire, bien au contraire, au risque de ne pas s’en sortir indemne, voire de se détruire. « Fléau, nous dit-il, est né de toutes les laideurs et les beautés de notre relation. Parce que c’est ça l’amour : être autant attaché à son visage qu’à l’odeur de sa merde. (…) Fléau est une vraie histoire d’amour, sans artifices, souvent un peu plate, maladroite, dégueulasse et parfois obscène. Mais c’est plus fort que nous, on trouve ça beau quand même »… 

Bon, OK, tout cela, on l’a déjà compris dès les premières minutes du spectacle. Il n’y a vraiment pas besoin de le marteler à gogo pour nous le faire rentrer dans le crâne, la crudité de sa mise en scène, d’ailleurs loin de la danse, étant stupéfiante. Trop, c’est trop, disait à juste titre Blaise Cendrars mais il faut avouer que la motivation du chorégraphe est des plus réaliste : « L’humain sera toujours un bâtard entre un dieu et une bête »…

J.M. Gourreau

 

*accompagnés d’ailleurs par leur ami le plus fidèle, le chien prénommé « Fléau », lequel s’est mis soudainement à réprimander par de furieux aboiements un spectateur qui s’était permis de manifester sa réprobation durant la représentation par une véhémente diatribe - bien évidemment prévisible - envers ses auteurs... Mais l’animal ne faisait que défendre son maître !

Fléau / Dave St-Pierre et Alex Huot, Le Tarmac, Paris, du 9 au 12 octobre 2018.

 

Dave St Pierre et Alex Huot / Fléau / Le Tarmac / Octobre 2018

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