Dave St-Pierre / Néant / Un pitre déjanté mais heureux de vivre

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Ph. J.M. Gourreau

 

Dave St-Pierre:

Un pitre déjanté mais heureux de vivre

 

Il a une réputation sulfureuse. Dave St-Pierre, l'enfant terrible de la danse canadienne, se commet cette fois dans un one man show déjanté de quasiment deux heures*, une Première pour cet artiste hors normes, avide d'audace, de sexe et de sang. On ne peut pas dire que ce soit vraiment de la danse, laquelle fait cependant partie du spectacle qui débute déjà dans l'atrium du théâtre où se presse le public avant la représentation : un énergumène, que l'on pourrait croire éméché, la tête coiffée d'une moumoute blonde laissant transparaître une barbe d'un beau noir de jais, engoncé en tenue d'Adam dans une sorte de sac semi-transparent ou de housse à vêtements qui l'enserre jusqu'au cou, vocifère, manifestant bruyamment son mécontentement devant les portes encore fermées...

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Bien sûr, on le retrouve assis au beau milieu de la salle, haranguant le public d'une voix de fausset éraillée, dénigrant les retardataires. Bien sûr, lors de sa montée sur la scène, il ne va pas pouvoir s'empêcher de gonfler deux ballons en forme de "zizi" et de jouer avec, non sans avoir invité sur le plateau une jeune femme pour partager ses ébats devant les regards hilares des spectateurs. Lesquels, d'ailleurs, vont se prendre au jeu lorsque notre amuseur public se met en devoir de lancer ses ballons dans la salle afin que le parterre s'en empare et joue avec comme des gamins. Le clou du spectacle viendra un peu plus tard lorsque Dave St-Pierre rendra à sa propriétaire le portable qu'il lui avait emprunté un instant plus tôt agrémenté  non seulement de la photo de sa binette mais aussi de celle de sa quéquette... Un souvenir inoubliable que cette jeune personne conservera sans doute pieusement ! Et tout à l'avenant. Pourtant rien de véritablement provoquant ni scandaleux dans cette mise en scène tout compte fait bon enfant dans laquelle il ne renie pas son passé de saltimbanque. Même si, parfois, l'on peut être un peu gêné - mais jamais ennuyé - devant les audaces irrévérencieuses de cet artiste nommé personnalité de l'année en 2004 par les médias canadiens !  

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Comme Parachute, sa pièce précédente (2015), Néant (2016) est un collage de tableaux, une forme hybride entre théâtre, performance, music-hall, marionnette et danse, dans laquelle Dave St-Pierre évoque les thèmes de la solitude d’une part, de l’identité de son corps d’autre part. Un autoportrait insaisissable tout comme l’air qui agite ses voiles, révélant sa fragilité et son animalité : tantôt feu follet plein de verve et de gaieté, tantôt Œdipe tragique et pitoyable « devant le dilemme de tout détruire et recommencer, ou juste pleurer devant l’immensité d’un absolu que je ne peux atteindre ». Jan Fabre n’est vraiment pas bien loin ! Mais il y a aussi dans ce spectacle émaillé d’une bonne dose d’autodérision, outre des biches gonflables destinées à mourir à petit feu, de fabuleuses images dues au vidéaste-plasticien Alex Huot, véritables tableaux projetés sur le corps du danseur en "vidéo-mapping" qui semblent sortir de ses entrailles, faisant « apparaître son corps-tragique avec des restrictions physiques » : celles-ci traduisent et dévoilent les paradoxes qui pèsent autant que les vérités dans la conduite quotidienne de l’Homme. Un spectacle total qui sort toutefois du champ de ceux auxquels cet artiste nous avait jusque là habitués.

J.M. Gourreau

Néant / Dave St-Pierre, Le Tarmac, Paris, du 11 au 14 octobre 2017.

* La version intégrale de Néant qui dure 6 heures a été présentée dans le cadre du Festival « Actoral »  les 4 et 5 octobre derniers à Marseille.

 

Dave St-Pierre / Néant / Le Tarmac / Octobre 2017

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