Davy Brun / L'Oiseau de feu / Une bien triste relecture de l'Oiseau de feu

Christoffa davy brun 02 mars 2013

Christoffa / Davy Brun

Davy Brun :

Une bien triste relecture de l'Oiseau de feu

 

Il ne suffit pas de choisir une belle histoire, une belle partition musicale, l'habiller d'un zeste de chorégraphie et l'enrober d'un brin de mise en scène pour obtenir un fascinant ballet. Encore faut-il y adjoindre une âme, ce que Davy Brun semble avoir oublié. Et pourtant, en choisissant cette relecture du célèbre conte russe de L'Oiseau de feu qui avait fait la notoriété de Diaghilev lorsqu'il le créa le 25 juin 1910 sur la scène de l'Opéra de Paris avec ses Ballets Russes sur la partition du tout jeune Stravinsky et dans la chorégraphie de Fokine, Davy Brun semblait avoir misé sur le bon cheval. D’autant que ses intentions étaient on ne peu plus louables, l’œuvre dans sa version originale n’ayant pas retenu la même attention de la part des chorégraphes que d’autres ballets. De plus, en prenant comme argument la version d’Alexandre Afanassiev, L’Oiseau de feu et le loup gris, l’occasion lui était donnée de mettre en scène, au sein de ce voyage initiatique, nombre de sentiments humains - et non des moindres - parmi lesquels l’amour, la haine, le mensonge, la trahison, le pouvoir…

Malheureusement, malgré une chorégraphie néo-classique non dénuée d’intérêt, aucun sentiment, aucune émotion ne transparurent des interprètes, aucune expression ne se pouvait se lire sur leur visage, tant et si bien que l’on ne put qu’assister à une œuvre morne, d’une tristesse infinie… De plus, l’épure de la scénographie et des costumes n’était pas là pour arranger les choses. A la décharge du chorégraphe cependant, il faut bien avouer que l’histoire, du fait de ses nombreux rebondissements, est assez complexe et difficile à traduire tant sur le plan scénographique que chorégraphique. Maurice Béjart quant à lui n’était pas tombé dans le même piège et avait utilisé, tout comme le souhaitait Stravinsky, la suite d’orchestre plutôt que la version intégrale, qu’il désavouait d’ailleurs ouvertement. Dans cette version simplifiée, l’oiseau de vie était devenu « le phénix qui renaît de ses cendres ».

L’Oiseau de feu est la septième pièce de ce jeune chorégraphe lyonnais, encore peu connu dans les hautes sphères de l'art de Terpsichore. Après avoir suivi les cours du Conservatoire de Lyon puis de l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris, on le retrouve danseur durant 8 ans à l’Opéra de Lyon puis, durant les 3 années suivantes, au Ballet du Grand Théâtre de Genève. Sa première chorégraphie, Ando, donnée au Centre Chorégraphique de Valencia en Espagne, date de 2006. Suivent Pointless Monkey en 2007 pour le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon et Nosotros pour la Move à Saragoza en 2008. L’année suivante, il crée sa propre compagnie, Ando Danse C°, pour laquelle il monte A contre danse. Viennent ensuite Cursus en 2010 pour la Bouandedance Company à Portland et Soldaten en 2011 pour le Ballet de Mainz. Son avant-dernière création, Christoffa, une œuvre sur les traces de Christophe Colomb, fait aujourd’hui l’objet d’une grande tournée au sein de divers pays à travers le monde.

J.M. Gourreau

L’Oiseau de feu / Davy Brun, Les Gémeaux, Sceaux, 6 & 7 mai 2014.

Davy Brun / L'Oiseau de feu / Sceaux / Mai 2014

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