Deborah Hay et Laurent Pichaud / Indivisibilités / Intangibilité

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Photo H. Rosentalski

Deborah Hay et Laurent Pichaud :

Intangibilité

 

Deux personnages en errance parmi le public, au milieu du plateau. Au début du spectacle, on n’entend d’elle que sa voix. Un chant doucereux, mélancolique et flûté, chevrotant, qui sort d’on ne sait où. Lui tient dans ses bras un extincteur qu’il berce comme un enfant, ne sachant quoi en faire. Après l’avoir retourné dans tous les sens, il finit par le poser sur le couvercle d’une grande poubelle fermée. Impossible de dire où l’on se trouve. Aux murs sont accrochés des enseignes lumineuses, la croix verte d’une pharmacie, un panneau de bière Pelforth, un autre sur lequel on peut lire « EXIT »… Les spectateurs, eux, sont assis à terre, sur le pourtour de la scène mais aussi plus confortablement dans les fauteuils de la salle. Surgit, d’on de sait où, une femme entre deux âges qui s’insinue et serpente avec indifférence au beau milieu des spectateurs, comme si elle ne les voyait pas. Elle semble perdue dans son monde, détachée de la réalité, indifférente à tout ce qui se passe autour d’elle. Mais elle jette cependant un regard furtif, presque complice à l’homme qui, maintenant, déambule en agitant les bras, des patins de fer népalais aux pieds, un harmonica en travers de la bouche…

Il ne se passera rien de réellement tangible durant tout le spectacle, lequel relève davantage du mime et du théâtre que de la danse, chacun des protagonistes restant dans son propre univers. De temps à autre cependant, une timide tentative de rapprochement entre eux, laquelle s’affirme au cours du temps. Mais on a la curieuse impression de troubler l’intimité et la vie de deux êtres détachés de tous les tracas de l’existence ; ils sont évanescents, semblent retombés en enfance et évoluent dans un monde parallèle, un monde fragile, empreint d’innocence et touchant comme celui du Petit Prince de Saint-Exupéry. Tout se passe sur le fil du rasoir. Les relations que ces deux êtres, à l’écoute l’un de l’autre, entretiennent sont du seul ressort de l’émotion et si ténues qu’elles passent souvent inaperçues. L’œuvre se terminera sans que l’on s’en aperçoive, l’homme tendant une guirlande de fanions au travers de la salle en caressant au passage la tête des spectateurs.

J.M. Gourreau

 

Indivisibilités / Deborah Hay et Laurent Pichaud, Théâtre de la Bastille, 3 au 6 avril 2012.

Deborah Hay et Laurent Pichaud / Indivisibilités / Théâtre de la Bastille / Avril 2012

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