Dévolution / Garry Stewart, Théâtre de la Ville, Novembre 2007

Garry Stewart :

 

Le combat de l’homme contre la machine

 

Est-ce une vision de notre monde après l’apocalypse que l’australien Garry Stewart a voulu nous faire partager ? Un univers peuplé de robots et de machines au sein duquel l’Homme n’aurait pratiquement plus sa place ? L’image en tout cas est saisissante et donne à réfléchir.

L’œuvre débute par la projection de corps entremêlés voyageant dans un espace sidéral, corps qui se démultiplient à l’infini pour, finalement, fusionner en une masse grouillante s’évanouissant dans les cintres lorsque survient le cataclysme : la mort vient de parfaire son œuvre. Hiroshima ou Nagasaki s’imposent alors à notre mémoire. Peu à peu cependant renaissent de leurs cendres des êtres sauvages aux mouvements électrisants, dotés d’une force surhumaine : ils vont bientôt se trouver confrontés à d’étonnantes machines de métal, monstres humanoïdes pourvus de bras articulés immenses qui s’agitent, parfaitement coordonnés, à quelques dizaines de centimètres au dessus de leurs têtes… puis devoir combattre des crabes-robots géants qui envahissent peu à peu le plateau en le parsemant d’éclairs… Au plus fort des combats, on se croirait transporté au 22ème siècle dans une sorte de cour des miracles, au centre de laquelle des hommes, nus ou vêtus d’une simple peau, livrent un combat vain et désespéré pour tenter de sauver leur espèce. Prélude à une guerre des étoiles ? Gadgets et poudre aux yeux, ou leçon d’humanisme ?

Lorsque l’on parvient à s’extraire de cet univers de fiction et que l’on reprend ses esprits, on ne peut qu’admirer la maîtrise dont Garry Stewart, passionné de robotique, a fait preuve pour mettre en branle toutes ces machines-moulins à vent cervantesques auxquelles l’Homme est contraint de se confronter. Ce n’est malheureusement pas immédiatement – et c’est dommage – que l’on se surprend à admirer la performance de ces danseurs, leur rapidité, leur adresse, leur virtuosité (ils en avaient d’ailleurs déjà fait preuve avec Held lors de leur dernier passage dans la capitale il y a un peu plus de deux ans), tellement cette mise en scène démesurée est aussi prenante que surprenante. Mais la leçon du chorégraphe semble claire : à trop vouloir jouer à l’apprenti sorcier, l’Homme risque vite d’être dépassé par les machines qu’il a créées.

 

                                                                                                                                                                 J-M. Gourreau

 

Dévolution / Garry Stewart, Théâtre de la Ville, Novembre 2007

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