Dimitris Papaioannou / Still life / Fantaisie surréaliste

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   Ph. N. Dragonas,  et  M. Petinarak, J. Mommert et H. Jooannidis

 

 

                                                                                                                                                            

Dimitris Papaioannou :

Fantaisie surréaliste

 

"Etonne-moi !" dit Diaghilev à Jean Cocteau qui l'interrogeait sur sa réserve, un soir place de la Concorde alors qu'ils rentraient de dîner avec Nijinsky après un spectacle sans éclat... Cette célèbre répartie a sans doute aussi été le mobile de Dimitris Papaioannou lorsqu'il conçut Still Life, une œuvre aussi étonnante qu'inclassable que n'aurait sûrement pas renié un Magritte... Car telle est bien l'impression qui demeure à l'issue du spectacle. Une performance stupéfiante pour huit interprètes acteurs-danseurs-acrobates-pince-sans-rire dont on ne peut avoir une idée que par l'image.

Imaginez un vaste espace sous un ciel bas, sombre et inquiétant, parcouru par une chape de nuages poussés par un zéphyr en décrivant des volutes du plus bel effet. Imaginez, au centre de cet espace un homme assis dans la position du Penseur de Rodin. Une femme arrive et lui enlève sa chaise. Paradoxalement, il ne tombera pas, comme l'on pouvait s'y attendre mais restera figé dans cette position. Il finira par se redresser et posera un caillou sur la scène. D'entrée de jeu, le ton est donné et l'on s'attend à nager en plein surréalisme. Ce qui sera bien sûr le cas.

Le tableau suivant met en scène un homme courbé en deux, traînant sur son dos un immense parallélépipède ressemblant à un grand lit. Au fur et à mesure qu'il s'avance, des plaques issues d'un revêtement analogue à du plâtre s'en détachent, s'effritent et tombent en morceaux sur le sol. En tentant de redresser cet insolite objet qui pourrait tout aussi bien être un pan de mur, l'homme passe sa tête au travers... Lors des contorsions qu'il effectue pour se dégager, c'est une autre tête qui apparait par la brèche et non la sienne, tête prolongée par un buste qui vient s'ajuster sur le tronc du premier personnage, lequel avait disparu dans l'épaisseur du dit mur... La scène se poursuivra par l'apparition inopinée d'un pied puis d'une jambe toute entière, confirmant l'existence au sein de ce mur de plusieurs personnages. Apparitions et disparitions de personnages, interversions ou fusions de fragments de corps qui ne sont pas sans évoquer les délires de Josef Nadj. Saynètes déjantées qui vont aboutir à la création de monstres évoluant au milieu de gravats, images fantasmagoriques qui vont se poursuivre sur le même rythme pendant presque une heure et demie !

Grec de nationalité, Dimitris Papaioannou a été l’élève du peintre Yannis Tsarouchis avant de s’essayer à la chorégraphie, et les allusions au courant surréaliste, à Magritte en particulier, ne sont pas pour nous étonner. Papaioannou est un artiste très connu dans son pays pour avoir fondé une troupe de théâtre à Athènes, l’Edafos Dance Theater mais, surtout, pour avoir mis en scène les cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux olympiques d'été à Athènes. La cérémonie de clôture faisait la part belle au dieu Dyonisos, dieu de la vigne, du vin (et de ses excès…) par, entre autres, l’agencement d’un amoncellement de nourritures traditionnelles de son pays. C’est de la même façon qu’il clôturera Still life, sans prendre le risque de laisser les spectateurs sur leur faim… Pas de discours, ni de danse donc mais la mise en scène d’images oniriques, « afin, dit-il, de créer un voyage pour les oreilles et pour les yeux et, donc en quelque sorte, pour l’âme ».

J.M. Gourreau

Still Life / Dimitris Papaioannou, Théâtre de la Ville, du 13 au 16 octobre 2015.

Dimitris Papaioannou / Théâtre de la Ville / Octobre 2015

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