Donc / Sylvain Groud, Th. de l'Etoile du Nord.

Sylvain Groud :

 

Quand la musique mène la danse…

 

Il est bien rare de nos jours que de jeunes chorégraphes fassent appel à un musicien dans l’élaboration et la représentation de leur œuvre. Faute de moyens, bien évidemment, mais aussi et surtout parce qu’ils n’en éprouvent pas toujours le goût ou la nécessité. Peut-être par facilité également. Pourtant, cela apporte une toute autre dimension au spectacle, et Sylvain Groud vient à nouveau de nous en faire une démonstration magistrale. Donc, sa dernière pièce, est fondée et organisée autour de la Chaconne de Bach, déclenchée par elle. Elle explore « l’après » de la création chorégraphique, la manière dont les interprètes se l’approprient, ce qu’elle leur procure. Un sujet certes peu facile à traiter mais dont Sylvain s’en est sorti haut la main. Le plus intéressant à mes yeux était non la naissance de l’œuvre chorégraphique proprement dite, sa sortie des ténèbres derrière le rideau de scène, sa montée progressive en puissance mais, surtout, la façon dont les danseurs ont abordé la Musique, ce personnage qui allait les guider pas à pas tout au long du spectacle, qui allait leur insuffler leurs gestes, leur donner un sens, leur donner la vie. Ronde sabbatique, corps à corps parfois violents, rébellion, mais aussi écoute, soumission puis fusion, les trilles finissant par pénétrer par les pores de leur peau et couler dans leurs veines. C’est peut-être à ce moment que le spectateur put se rendre compte de la puissance de la musique, de cette myriade de sentiments qu’elle faisait naître, joie, douleur, amour, tristesse, indifférence… Mais elle était aussi le lien qui unissait tous les interprètes, qui les embarquait dans le même bateau, qui leur donnait les raisons d’exister, de vivre ensemble. Bien sûr, il y avait un fil d’Ariane, celui tissé par le chorégraphe mais ce n’était qu’un fil conducteur qu’ils prenaient à bras le corps pour mieux jouer avec, le moduler par la suite. Il fallait voir leur curiosité lors de la découverte de cet être différent qu’était la violoniste, l’intérêt grandissant qu’ils manifestaient en sa présence, leur attitude protectionniste quasi-maternelle vis-à-vis d’elle puis sa totale adoption, leur symbiose, leur fusion avec la musique qu’elle leur livrait. Dès lors tout n’était plus tantôt qu’un jeu, tantôt qu’un instant de vie grave, partagé mais bien réel.

 

                                                                                                                   J.M. Gourreau

 

 

 Donc -  Photo J.M. Gourreau

 

 

 

Donc / S. Groud, Théâtre de l’Etoile du Nord, Paris, Octobre 2009.

Prochaines représentations : 26 Mars 2010, Pont-Audemer ; 30 Mars 2010, Gisors ; 1 Avril 2010, Evreux.

 

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